Il arrive fréquemment avec le japonais (et probablement avec les autres langues) qu’on utilise une expression usuelle de manière naturelle sans penser à sa langue maternelle. Vient ensuite le jour où on se demande brusquement “tiens, comment je pourrais traduire ça en français ?”.
Il se trouve que dans certains cas, c’est très compliqué voir impossible. Par exemple, le fameux duo tadaima/okaeri qui n’a pas vraiment d’équivalent en français.

Aujourd’hui, c’est yokatta (良かった) qui passe à la casserole et on va voir que malgré sa structure simple, il cache bien son jeu ! 😀

Analyse et définition de yokatta en tant qu’interjection

Yokatta s’écrit en japonais 良かった ou encore よかった, il n’existe pas de règle très précise à ce sujet. Quoi qu’il en soit, il s’agit grammaticalement parlant de la forme passé de l’adjectif yoi/ii (良い) signifiant “bien/bon/agréable/satisfaisant…”. Tout dépend du contexte dans lequel on l’emploie, il indique en tout cas quelque chose de positif. Littéralement, yokatta correspondrait ainsi selon ce constat à “c’était bien/agréable/bon…”.

Le problème, c’est que “grammaticalement” ne signifie pas toujours “sémantiquement”. Et en japonais, la “forme passé” (kakokei 過去形) n’indique pas forcément une “action au passé”. Cela peut être aussi l’accompli : bôshi wo kabutta hito (帽子を被った人) : une personne portant un chapeau. Et donc bien souvent, notre yokatta se réfère plutôt à l’accompli. C’est pourquoi on va davantage recourir au présent en français pour le traduire.

A vous d’imaginer pourquoi cette photo est apparue en recherchant “yokatta” dans Google… 😀

Le dictionnaire japonais sur Weblio donne ainsi comme définition “propos que l’on utilise pour décrire un résultat souhaitable où un état de soulagement après avoir avoir ressenti de l’anxiété/inquiétude”. En fait, il s’agit plutôt ici d’un emploi précis de yokatta en tant qu’interjection (kandôshi 感動詞). C’est à dire un mot “permettant au sujet parlant d’exprimer une émotion spontanée” (Wikipedia).  Avec yokatta, c’est en particulier le soulagement ou la joie qui est pour le coup au présent et non au passé. On va maintenant passer à quelques exemples d’usage pour que ce soit plus clair ! 🙂

Exemples d’usage avec yokatta et remarques

J’espère que la partie théorie ne vous a pas trop endormi mais je la trouvais nécessaire. Je vais donner ici quelques situations avec yokatta en espérant que ça aidera. La première est un dialogue entre deux amis où l’un d’entre eux n’était pas en forme la veille.

  • Kinô genkisô de ha nakatta kedo, daijôbu (昨日元気そうではなかったけど、大丈夫) ? Tu n’avais pas l’air dans ton assiette hier, ça va ?
  • Kinô ne, chotto netsu ga atta kedo mô naotta yo (昨日ね、ちょっと熱があったけどもう治ったよ !). Ah hier, j’avais un peu de fièvre mais ça va mieux !
  • Yokatta ! (良かった). Ça me soulage/c’est une bonne chose/c’est bon à entendre/ça fait plaisir !

Vous voyez qu’ici, il n’existe pas d’expression aussi courte en français. L’interjection “ouf” sonnerait un peu faux donc on est obligé de faire une vrai phrase. A noter qu’on peut aussi dire en japonais dans cette situation yokatta yokatta (よかったよかった), ce qui permet en général d’insister sur le sentiment de soulagement.

A propos, j’ai beaucoup fait référence au soulagement mais cela peut être aussi tout simplement la joie sans inquiétude derrière. Par exemple une seconde situation où un ami vous fait part de sa réussite à un examen. Vous pourrez lui répondre en japonais yokatta ne ! (良かったね !) ce qu’on pourrait traduire par “c’est cool/je suis content pour toi/ça me fait plaisir pour toi”.

Bref, pour résumer, on emploie yokatta seul en tant qu’interjection lorsqu’un fait accompli donne un résultat positif/souhaitable. Cependant, il ne faut pas confondre cet emploi avec une expression contenant yoi/ii (良い) et tournée au passé. Par exemple, kinô tenki ga yokatta (昨日天気がよかった) signifie “il a fait beau hier”. Car ici, c’est la transformation naturelle au passé de tenki ga ii.

Sources : ritsumei.ac.jp (analyse sur la forme passé en japonais), HiNative (explications sur yokatta)

Guilhem Walter

Rédacteur du site kotoba.fr, je vis au Japon depuis juillet 2012 et je m’intéresse de près à la langue japonaise et la culture à laquelle elle fait partie.