Le trottoir correspond aujourd’hui à “l’espace surélevé réservé à la circulation des piétons sur les côtés d’une rue”. En France, il a une connotation plutôt négative vu qu’il rappelle également le monde de la prostitution. Bien que cette image ne soit pas présente derrière le mot japonais hodô (歩道), qu’est ce qui caractérise cette voie au Japon ?

Analyse du mot hodô et particularités japonaises

Hodô s’écrit en kanji 歩道 ce qui signifie littéralement “route/voie (道) où l’on marche (歩)”. Bon évidemment, rien ne vous interdit d’y courir pour y faire un jogging par exemple, il faut comprendre ici “voie pour piétons“. Il s’agit donc probablement de la contraction de hokôshadô (歩行者道 où 歩行者 = piéton) . Il existe par ailleurs le synonyme jindô (人道) qui s’emploie plutôt avec le sens imagé “voie de l’homme = humanité”.

Chose intéressante déjà : les trottoirs sont assez récents au Japon étant donné que les véhicules étaient relativement rares jusqu’à la fin du 19ème siècle. On avait vu avec le mot kuruma (voiture) qu’il y avait certes des gissha (牛車 “char à bœufs”) mais leur usage était anecdotique. Le mot hodô est donc plutôt récent aussi et daterait du début du 20ème siècle avec l’influence de l’Occident. C’est à ce moment là avec l’arrivé des premières automobiles que le besoin d’en construire s’est fait sentir.

Cependant, les japonais n’ont apparemment pas été assez prévoyants puisqu’on s’est rendu compte dans les années 1960 que leur superficie était insuffisante. De fait, le nombre d’accidents de la route impliquant des piétons augmentait sans cesse. C’est de ce constat qu’à partir de 1972, il a été décidé de les agrandir. On est ainsi passé de 5590 kilomètres de trottoir en 1972 à environ 39000 kilomètres en 1975 !

Voici un jihodô avec un passage piéton (ôdan hodô 横断歩道) muni d’une bande pour la bicyclette.

Cela explique donc pourquoi la plupart des trottoirs au Japon sont assez récents avec une particularité intéressante pour certains : ils peuvent accueillir à la fois les piétons et les bicyclettes ! On les appelle les jihodô (自歩道 contraction de 自転車歩行者道) et ils font au minimum deux mètres de large !

Les jihodô, une bonne idée ?

Selon Wikipedia, ces jihodô seraient une singularité japonaise. Ils différent en effet des pistes cyclables jitenshadô (自転車道) par le fait qu’il n’y a pas de séparation stricte entre piétons et cyclistes. Je n’ai pas vérifié si cette spécificité se retrouvait dans d’autres pays d’Asie mais si vous avez des infos, je suis preneur ! 🙂

Ces jihodô sont en tout cas pratiques pour ceux comme moi qui ont une bicyclette. On peut en effet rouler librement sur le trottoir sans arrière pensée. Le problème, c’est que c’est assez dangereux et pas que pour les piétons. Il n’y a en effet aucune vrai règle de circulation ! Moi j’essaye de rouler à gauche (car on roule à gauche au Japon) mais chacun fait comme il veut. J’ai lu sur Wikipedia qu’il fallait essayer d’emprunter la moitié du trottoir qui longe la route. Mais vu que c’est à double sens, on se rentre dedans alors ? 😀

Panneau indiquant que vous pouvez roulez en bicyclette en évitant bien sûr d’écraser les piétons. :S

Petite remarque amusante : en japonais, hodô s’oppose à shadô (車道) littéralement “voie pour les automobiles”. Et ces deux termes sont en fait des parties de la dôro (道路) “route”. Donc au Japon, lorsque vous marchez sur un trottoir, considérez que vous êtes toujours sur une route… 😀

Sources  : ja.wikipedia (histoire et généralités)

 

Guilhem Walter

Rédacteur du site kotoba.fr, je vis au Japon depuis juillet 2012 et je m’intéresse de près à la langue japonaise et la culture dont elle fait partie.