Depuis peu, j’ai réalisé qu’il y avait beaucoup de mots de vocabulaire japonais composé de deux kanjis où on pouvait inverser l’ordre des kanjis. C’est assez rigolo parce qu’on peut avoir le cas de figure où ça ne change pas grand chose sémantiquement (凸凹/凹凸 voir dekoboko) ou encore celui où n’a presque plus rien à voir (事故/故事, voir jiko). On va en voir un troisième aujourd’hui avec 物置 (monooki) que j’ai choisi d’appeler “cause et résultat.

Analyse du mot monooki et lien avec okimono

物置 fait partie de ces mots japonais qui désignent plutôt un concept qu’un objet concret. Du coup, si on connaît bien les kanjis, on en a une image plus proche de la réalité que si on obtenait une simple traduction en français. Je m’explique : je pourrais vous dire que 物置 se traduit généralement par “le débarras” et cela suffirait probablement dans de nombreux cas. Mais si je vous dis que monooki signifie littéralement “où l’on pose (置 oki) des choses (物 mono)”, vous saurez maintenant qu’il s’agit d’un lieu quelconque où on entasse des objets plus ou moins inutiles. Cela peut être donc un débarras, un garde-meuble, un fourre-tout ou encore un box que l’on loue avec un appartement.

C’est pourquoi entre nous j’aimerais que voit le jour un dictionnaire bilingue qui donne une définition du mot et seulement ensuite les traductions qui en découlent. Au pire, on le fera ensemble ! 😀
Mais donc notre monooki, il a aussi la particularité de pouvoir devenir un okimono juste en changeant l’ordre de ses kanjis, ce qui donne 置物. Et comme vous le savez peut-être, beaucoup de mots japonais finissant par 物 (mono) signifient “choses que…”. 着物 (kimono) = “choses que l’on vêt”, 食べ物 (tabemono) = “choses que l’on mange” (nourriture), etc. Okimono ne déroge pas à la règle et veut simplement dire “choses que l’on pose”.

On a l’impression que la babiole se trouve à côté d’un débarras justement… ^^

C’est donc en général bibelot mais aussi n’importe quel objet décoratif que l’on pose simplement quelque part. On passe ainsi d’un lieu où on entrepose les objets à l’objet en lui-même. Je ne sais pas précisément comment on peut qualifier cette relation mais cela ressemble un peu à celle entre 蜂蜜/蜜蜂 (hachimitsu/mitsubachi voir hachi) où on passe de “miel d’abeille” à “abeille à miel”.
Et si j’ai parlé de “cause et résultat”, c’est parce qu’on trouve justement beaucoup de babioles dans les débarras, on peut donc dire qu’elles sont leur résultat. Oui je sais, je vais loin… :p

Sources : kotobank (dictionnaire japonais)

Guilhem Walter

Rédacteur du site kotoba.fr, je vis au Japon depuis juillet 2012 et je m’intéresse de près à la langue japonaise et la culture dont elle fait partie.