Le japonais dans tous les sens

Tôgo (倒語) : le verlan en japonais, c’est déjà démodé ?

Jusqu’à maintenant sur Kotoba, il y a un domaine que je n’ai pas du tout abordé : le verlan en japonais. Ce n’est pas que cela ne m’intéresse pas mais comme je n’ai jamais eu conscience que cela existait dans cette langue. Et pourtant, on va voir aujourd’hui avec le mot 倒語 (tôgo) que c’est loin d’être anodin. 🙂

Origine des tôgo et particularités japonaises

倒語 s’écrit avec le kanji 倒 qui d’habitude a pour sens “s’effondrer/s’écrouler”. Cependant, il peut aussi renvoyer à l’idée d’une inversion 逆さま (sakasama “à l’envers). C’est le cas dans le mot 倒置 (tôchi “interversion”) par exemple. 語 quant à lui est un suffixe qui renvoie à l’idée vaste de mot/terme/langage. Ainsi, tôgo s’interprète comme “mot renversé/inversé”, ce qui correspond au verlan. Au Japon, ce procédé est plutôt ancien puisqu’il remonterait à l’époque d’Edo (17ème siècle). Et certains mots sont restés dans le langage courant aujourd’hui sans que personne n’en ait conscience.

Le mont Fuji ou bien Jifu pour les initiés. 😀

C’est le cas par exemple de だらしない (darashinai) signifiant “relâché/négligé/peu soigneux”. Et bien à l’origine, c’était しだらない (shidaranai). Un autre cas intéressant est celui de ネタ (neta), le verlan de 種 (tane) que l’on a vu récemment. Les deux mots coexistent mais neta se rapporte surtout aux ingrédients (cuisine). Cela s’explique par le fait que ce sont les restaurateurs qui l’ont utilisés en premier pour les sushi (寿司のネタ sushi no neta). En réalité, la plupart des tôgo viennent très rarement des classes populaires mais plutôt du monde des affaires. Le but étant de se comprendre uniquement entre initiés.

C’est assez connu notamment dans le monde du jazz, ce qui a d’ailleurs vu la naissance du terme ズージャ語 (zûjago). C’est à dire les mots inversés venant du jazz comme トーシロ (tôshiro, de 素人 shirôto “débutant”). Enfin dans les années 1980, les tôgo ont surtout été créés dans un but humoristique lors de shows télévisés. Le célèbre quartier de 六本木 (Roppongi) est par exemple devenu ギロッポン (giroppon).
Quoi qu’il en soit, même si cela mériterait d’être étudié, il semble qu’au Japon, le verlan ne soit pas associé au 若者言葉 (wakamono kotoba “langage des jeunes”). J’en veux pour preuve que l’article Wikipedia sur le sujet ne mentionne nulle part le verlan. Et en abordant le sujet avec ma femme, elle m’a effectivement confirmé que cela faisait “ださい” (dasai “vieux jeu/dépassé”). Vous voilà prévenus ! 🙂

Sources : Ja.Wikipedia (généralités), tenki.jp (exemples datant de l’époque d’Edo)

4 réponses

  1. Le verlan japonais semble bien éloigné du notre!
    exemple le mot carotte se dirait rotte ca. En japonais ce serait plus ro tte ca?
    Ils n’inversent pas tout d’un bloc toshiro -> shiroto. On dirait que seule la première syllabe bouge… enfin bon pour le coups je n’ai pas tout compris, la mention reste là pour ça!
    Bon travail d’analyse tout de même, même si je suppose que trouver des sources sur le verlan doit être dur s’il n’est pas aussi mis en avant que le notre!

    1. Alors c’est vrai que j’aurais pu parler des différents types de verlan. Cela peut être l’inversion d’une seule syllabe comme c’est souvent le cas en japonais. On a en autre exemple onna : naon, hawai : waiha, etc. Mais ce type de verlan est aussi très présent en français. Par exemple fou : ouf (et non “uof”), pourri : ripou… Il me semble que c’est la forme la plus courante d’ailleurs (à vérifier)

      Mais c’est vrai que dans le cas de trois syllabes, on en change une seule en général en japonais. Par exemple manêjâ qui devient jâmanê (et non jâmenâ) ou encore l’exemple que j’ai cité, roppongi qui devient giroppon. Cependant c’est aussi courant en français avec cigarette devenant garetteci (et non rettegaci) ou encore déchiré devenant chiredé.
      Bref du coup, j’ai du mal à voir une réelle différence structurelle entre le français et le japonais.
      Par contre j’aurais pu parler de l’inversion des kanjis qui existe aussi mais reste marginale. L’article Wikipedia en fait une brève mention.

      Mais là où je voulais en venir, c’est que comme vous le dites à la fin de votre commentaire, le verlan est beaucoup moins mis en avant en japonais que chez nous. Il y a certains cas connus de tous comme tane/neta mais si vous dites à un japonais “naon” à la place de “onna”, il fera une tête bizarre je pense. :p
      C’est peut être juste une impression personnelle lié au fait que je fréquente rarement des jeunes mais j’ai pas le souvenir d’en avoir entendu. J’entends par contre beaucoup d’abréviations et des libertés autour des tournures grammaticales. Un sujet très vaste en tout cas ! ^^

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