En ce vendredi, j’ai décidé d’ajouter un peu de légèreté dans votre journée en vous présentant une coutume ayant recours au vent. Il s’agit de celle ayant lieu le 5 mai lors de la journée des enfants (子供の日 kodomo no hi) où on arbore des carpes en toile ou en papiers de couleurs vives. Celles-ci portent le doux nom de 鯉幟 (koinobori). Je vais tout d’abord décomposer ce terme tout en revenant sur l’histoire de cette coutume puis je vais dévoiler la fameuse chanson qui lui est liée. Vu qu’elle est courte, il faudra l’apprendre par cœur ! ^^

Description et évolution du koinobori

鯉幟 s’écrit avec le kanji 鯉 (koi) qui signifie “carpe(s)” et 幟 renvoyant à la bannière/banderole/étendard. C’est à dire quelque chose en tissu/toile/papier qui flotte au vent. Vous aurez remarqué que j’ai écrit du koinobori dans le titre de ce paragraphe puisque ce terme renvoie à la fois aux dites carpes sous forme de banderoles mais aussi à la coutume en elle-même. Celle-ci est par ailleurs assez ancienne puisqu’elle remonterait au milieu de l’époque d’Edo vers le 18ème siècle. Il semble qu’au départ, les familles guerrières 武家 (buke) avaient pour coutume d’ériger une banderole (のぼり) avec l’insigne familial afin de célébrer la naissance d’un garçon.

Puis peu à peu, cette tradition se seraient propagées parmi les gens du peuple qui auraient eu l’idée de faire ça sous forme de carpe. Et si ce poisson a été choisi, c’est pour sa vitalité et sa force. De là serait né le koinobori qui était ainsi centré au départ sur le fils. Puis peu à peu, le papa poisson a fait son apparition (début du 20ème siècle) suivit de la maman poisson (années 1970). Voici un petit récapitulatif :

息子 = fils, 父 = père, 母 = mère

De nos jours, vu qu’il est devenu un peu dépassé d’ériger la force et la vitalité du fils, les filles prennent bien évidemment part à la tradition. Et puis vu que cela a lieu durant le jour des enfants (institué depuis 1949), il serait mal vu de les mettre de côté aujourd’hui (même si ça a longtemps été le cas). Bref, le sens de la tradition du koinobori a en tout cas pas mal évolué au fil des époques. Et aujourd’hui, on continue à la célébrer surtout parce que ça plait aux enfants les poissons volants. Un peu comme nous avec l’Épiphanie dont tout le monde retient uniquement la galette des rois. J’exagère un peu le trait évidemment mais la comparaison ne semble pas absurde. ^^

La chanson populaire Koinobori

Il existe plusieurs chansons sur le koinobori (principalement deux) et j’ai choisi de vous présenter celle qui est la plus connue. Elle a été écrite autour des années 1930 par Kondô Miyako (近藤宮子). La précision sur l’année est importante et vous allez comprendre tout de suite :

やねより たかい こいのぼり (yane yori takai koinobori)
Plus haut que les toits, koinobori
おおきい まごいは おとうさん (ookî magoi ha otôsan)
La grosse carpe noire, c’est papa
ちいさい ひごいは こどもたち (chiisai higoi ha kodomotachi)
La petite carpe rouge, ce sont les enfants
おもしろそうに およいでる (omoshirosô ni oyoideru)
Ils nagent de façon amusante

Voilà, vous aurez donc compris maintenant pourquoi ma femme me dit toujours à chaque fois “il y a pas la maman avec cette chanson“. Eh oui, à l’époque, elle n’avait pas encore fait son apparition… Personne n’a pensé à ajouter une strophe pour la maman depuis, peut être que cela se fera un jour. Par contre, vous aurez remarqué qu’il s’agit bien des enfants et non uniquement du fils ici.
Comme quoi, la compositrice était peut-être en avance sur son temps tout compte fait…

Sources : Ja.wikipedia (généralités), nipponsharemono.net (histoire du koinobori et illustration d’entête)

Guilhem Walter

Rédacteur du site kotoba.fr, je vis au Japon depuis juillet 2012 et je m’intéresse de près à la langue japonaise et la culture dont elle fait partie.