L’un des premiers mots que j’ai décrit sur Kotoba est 便利 (benri) car le fait que tout soit pratique au Japon est quelque chose qui m’a longtemps fasciné. J’ai surtout pensé aux conséquences d’un monde trop pratique où plus personne n’aurait besoin de réfléchir. Je ne sais pas si on s’y rapproche progressivement mais toujours est-il qu’il est important parfois d’essayer de comprendre le pourquoi du comment.
Aujourd’hui, je vais parler du mot 開け口 (akeguchi) qui se rapporte à l’ouverture facile des aliments. Avec donc une grande question qui taraude sûrement beaucoup d’entre vous : mais pourquoi donc sur les packs de lait, on n’a une ouverture facile que d’un seul côté ? 😀

Naissance du mot akeguchi et analyse

Akeguchi qui possède également la variante akekuchi est un mot relativement récent qui date probablement de la fin des années 1990. La preuve, il n’est présent à ma connaissance dans aucun dictionnaire. On l’écrit ainsi librement le plus souvent en hiragana あけぐち/あけくち et plus rarement en kanji 開け口. Littéralement, c’est assez simple puisque cela donne “ouverture (口) que l’on ouvre (開け, du verbe 開ける akeru “ouvrir”). Il est vrai que cela sonne redondant mais c’est parce qu’on désigne avec ce mot des ouvertures qui ne sautent pas aux yeux. Par exemple celle d’un pack de lait ou d’une boite de bonbon en carton. Si on parle d’une bouteille en plastique ou en verre, 口 (kuchi) suffit.

Par ailleurs, il existe également le terme inverse 口開け (kuchiake) qui lui renvoie à “quelque chose de fermé en temps normal qui est ouvert”. C’est pourquoi vous trouverez sur Google des bouches de personnes ouvertes mais cela peut aussi faire référence à une bouteille de vin ouverte par exemple. この酒、口開けだから飲んでね (kono sake, kuchiake dakara nonde ne) : comme cette (bouteille) de sake est ouverte, buvez-en. Enfin, pour revenir à akeguchi, sachez qu’on lui associe aussi très souvent l’adjectif 簡単 (kantan “facile”). 簡単な開け口 (kantan na akeguchi) : ouverture (vraiment) facile.

Deux exemples assez classiques de あけぐち

L’ouverture facile des packs de lait, tout un processus

Venons en enfin à l’essentiel : l’ouverture facile des packs de lait 牛乳パックのあけぐち (gyûnyû pakku no akeguchi). Celle-ci n’est pas unique au Japon puisqu’on la trouve également en Australie par exemple. En France, on préfère l’emploie des ciseaux voire même opter pour du lait en bouteille plastique. Car en verre malheureusement, c’est devenu trop cher. :S
Bref, revenons à cette ouverture facile que j’apprécie particulièrement puisqu’il suffit simplement de détacher les deux extrémités et de pousser vers l’extérieur. En général, ça fonctionne bien même s’il m’est déjà arrivé de me rater et de déchirer un peu le papier. Ne rigolez pas, je suis apparemment loin d’être le seul. La preuve :

Voilà ce qui arrive quand on n’adopte pas la technique ultime que je vous laisse découvrir par votre propre expérience. 😀

Et si vous avez le malheur de vous tromper de côté, vous obtiendrez quasi obligatoirement ce genre de résultat. Ainsi, certains japonais se sont demandés pourquoi on n’a pas prévu une akeguchi des deux côtés du pack de lait tant qu’à faire. Même plus besoin de savoir lire pour ne pas se tromper ! Eh bien la raison semble être principalement hygiénique car si on mettait des ouvertures faciles partout, il y aurait plus de risques que le pack s’ouvre tout seul. Donc pour limiter les risques mais aussi pour dans le but d’embêter les étrangers ne sachant pas lire le japonais, c’est une seule ouverture et puis c’est tout. ^^

Concernant cette akeguchi d’ailleurs (que l’on appelle aussi 注ぎ口 sosogiguchi “ouverture où se déverse le liquide”)son procédé de réalisation est plutôt simple. On chauffe le bord en question avec un brûleur et on y fait fondre du polyéthylène. C’est donc ce polymère de synthèse qui se détache quand on tente d’ouvrir le pack de lait. Oui, c’est du plastique et je pense que le sujet mériterait d’être abordé car c’est un vrai problème actuellement au Japon. Rendez-vous est pris ! 🙂

Sources : excite.co.jp (à propos de la raison expliquant pourquoi l’ouverture facile n’est que d’un seul côté)

Guilhem Walter

Rédacteur du site kotoba.fr, je vis au Japon depuis juillet 2012 et je m’intéresse de près à la langue japonaise et la culture dont elle fait partie.