Le japonais dans tous les sens

Bôhan buzâ (防犯ブザー) : les alarmes personnelles pour enfants

Au Japon, c’est bien connu, le taux de criminalité est assez bas et le taux d’homicide volontaire atteignait à peine 0,3 pour 100 000 personnes. Quand on compare ça aux États-Unis (4,7/100 000), ça fait réfléchir. Bon évidemment, c’est aussi lié à son système judiciaire bien particulier. Mais ça, on en reparlera plus tard ! 😀
Malgré donc ce taux de criminalité relativement bas, cela n’empêche pas les japonais d’être prudent. L’occasion pour moi de vous parler d’aujourd’hui du 防犯ブザー (bôhan buzâ), une alarme personnelle particulièrement utilisée par les enfants.

Analyse du mot bôhan buzâ et origine de son expansion chez les plus jeunes

防犯ブザー peut être décomposé en deux parties, 防犯 (bôhan) et ブザー (buzâ). Le premier 防犯 signifie littéralement “prévention (防) criminelle (犯)”, ce qui peut être traduit par alarme (quand celle-ci a pour but de dissuader un criminel). Ainsi, 防犯ベル (bôhan beru) signifie notamment “sonnette d’alarme“. ブザー maintenant renvoie aussi a quelque chose qui fait du bruit puisqu’il vient de l’anglais buzzer (bipeur). Cela fait donc un bruit strident et aigu, parfait pour faire déguerpir n’importe quel voyou. Bôhan buzâ, c’est ainsi une alarme personnelle ou encore “alarme de défense” que l’on porte sur soi (comme un bipeur) en l’attachant par exemple autour du cou ou sur un sac.

Comme vous pouvez le voir sur cette vidéo (à l’humour un peu douteux), il y en a des formes variées au Japon avec des mécanismes différents. En général, soit on tire sur quelque chose, soit on appuie sur un ou plusieurs boutons. Les bôhan buzâ sont souvent sous forme de port clé très mignons (animaux, Pokeball…) et passent donc ainsi inaperçus. Dans la vidéo, je vous conseille celui vers la fin où une on entend une voix féminine crier 助けて! (tasukete ! “à l’aide”), ce qui fait son effet. Bon de nos jours, on en a aussi munis de GPS qui préviennent directement les autorités ou les parents.

Selon une enquête réalisée par la police d’Osaka en 2013 avec 684 femmes interrogées (16-59 ans), environ 18% en possèdent un bôhan buzâ. Et parmi celles qui en possèdent un, seules 19,2% admettent trouver ça utile. On pointe notamment le fait que quand il y a trop de monde (métro bondé) ou tard la nuit (quasiment personne), ce n’est pas vraiment efficace. Toutefois, cela n’empêche pas les mères de famille d’en équiper leurs enfants. Selon une enquête réalisée en 2017 (551 femmes de 20 à 49 ans), le chiffre est de 55,7%.
C’est ainsi particulièrement chez les plus jeunes que ces appareils sont présents, surtout depuis le début des années 2000. Cela correspond en effet à la période où l’on a commencé a parler de plus en plus de cas d’infanticides dans les médias installant de l’angoisse chez les parents.

Sources : Police.pref.osaka (enquête de 2013), ure.pia.co.jp (enquête de 2017), Ja.wikipedia (généralités)

2 réponses

  1. Les infanticides sont aussi en France l’objet d’angoisses parentales souvent disproportionnées, mais il est vrai que de trop nombreux médias ont contribué à amplifier les fantasmes.
    On parle infiniment moins des 600 enfants qui meurent chaque année de maltraitance, laquelle vient presque toujours de leurs parents, maman en tête. Ce chiffre qui illustre un phénomène tabou est d’ailleurs probablement minoré puisque de nombreux décès sont plutôt classés dans la colonne “accident domestique”.
    Sur ce coup là, les médias sont nettement plus discrets ; mais image que le journal télévisé de TF1 relate chaque jour les 1 ou 2 enfanticide(s) par papa ou maman ?
    Qu’en est-il au Japon ? Les parents sont-ils toujours patients et attentionnés avec leur progéniture ?
    Et combien de parents maltraitant équipe leurs enfants d’alarme ?
    Au sujet du traçage des enfants, et surtout de ses effets potentiels, je conseille l’épisode 2 de la quatrième saison de la série Black mirror, Archange, réalisé par Jodie Foster…

    1. Salut 🙂

      Concernant les angoisses des parents vis à vis des enfants, il y a aussi un épisode South Park assez amusant sur le sujet : les enlèvements d’enfants, c’est pas marrant . https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_enl%C3%A8vements_d%27enfants,_c%27est_pas_marrant
      On y voit notamment les parents devenir de plus en plus paranos jusqu’à se séparer de leurs enfants car ils apprennent à un moment donné que ce sont les parents qui peuvent aussi être responsables des enlèvements d’enfants.

      La maltraitance, vaste débat. Moi j’ai tendance à penser que celle physique est juste la partie immergée de l’iceberg. C’est celle morale qui est plus difficilement visible qui me semble la plus courante au Japon. Surtout qu’elle est souvent inconsciente, on a l’impression d’agir comme des parents “normaux” en subsistant aux besoins primaires de l’enfant (nourriture, scolarité…). Mais si celui-ci n’est pas considéré en tant qu’individu, que son avis n’est pas pris en compte et que les parents reportent sans cesse la faute sur lui, j’appelle ça aussi de la maltraitance. J’ai presque envie de dire que c’est pire que la maltraitance physique car l’enfant met souvent beaucoup plus de temps à se rendre compte qu’il y a un “problème” et que sa famille est dysfonctionnelle. Fin c’est possible que j’en reparle sur le blog car je suis toujours en train de lire un livre sur l’histoire de la dépression au Japon et je pense que la relation parents/enfants est abordée.

      Maintenant la question “Les parents sont-ils toujours patients et attentionnés avec leur progéniture ?” concernant le Japon, je crois que c’est impossible d’y répondre. Car même en faisant une vaste étude comparant plusieurs pays, ce serait difficile de juger si oui ou non les parents sont patients, attentionnés et surtout à l’écoute de l’enfant. Il faudrait limite filmer les familles à leur insu pour détecter les problèmes. oO

      Ah le traçage des enfants, ça m’intéresse. J’entends partout parler de la série Black Mirror donc va falloir que je m’y mette un jour.
      Moi je m’interroge déjà sur les logiciels utilisés partout dans les écoles scolaires par exemple “Pronote”. Celui-ci permet aux parents de connaître les devoirs à faire (utile on va dire…) mais aussi et surtout de vérifier les notes qu’il obtient chaque jour (si le logiciel est mis à jour régulièrement). Je m’étais pris le bec avec mon prof de math à ce sujet car pour moi, ça déresponsabilise l’enfant au final. S’il a une mauvaise note, il ne possède plus le choix de la cacher ou de l’annoncer à ses parents en prenant son courage à deux mains. Et personnellement, je ne trouve ça pas du tout “néfaste” de cacher une note de temps à autres et d’avoir son jardin secret. Car d’une part une note ne veut pas dire grand chose en elle-même et un enfant qui est déjà atteint d’avoir reçu une mauvaise note n’a pas toujours envie d’avoir à affronter ses parents le soir même. On peut aussi se remettre en question tout seul sans avoir quelqu’un derrière soit pour nous rappeler ce qu’il faut faire. Donc pour moi, ce genre d’alternative apporte plus de mal que de bien, c’est comme si on avait décidé de plus faire confiance aux jeunes. Bref là aussi, j’aimerais bien voir ce que ça va donner sur le long terme ce genre de logiciel…

      ah crotte, j’ai encore dévié ! Je te dis à lundi sur Kotoba, je tenterai un sujet plus gai… :p

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