Puragomi (プラごみ) : les déchets plastiques, on en fait quoi ?

En France et plus globalement au sein de l’Union Européenne, on constate depuis quelques années une diminution de l’utilisation du plastique. Par exemple, le fait de ne plus utiliser de sac plastique au supermarché est devenu normal. Plus récemment an août 2018, un bonus-malus a même été mis en place pour davantage réduire la consommation en plastique.

Toutefois comme beaucoup d’entre vous l’auront remarqué, il semble qu’on mette un peu plus de temps à réagir au Japon. Je vais donc avec cet article vous donner les principales raisons que j’ai trouvées à droite à gauche via un néologisme assez parlant, プラごみ (puragomi).

Analyse du mot puragomi et le triage du plastique

プラごみ est un terme assez facile à comprendre puisque c’est la contraction de プラスチック (purasuchikku “plastique”) auquel on a apposé ごみ (gomi “déchets”). On obtient alors comme traduction littérale “déchets plastiques”. Ce mot est assez récent puisqu’il date date de la fin des années 1990. C’est en effet durant cette période là que le Japon a vraiment commencé à prendre conscience qu’il fallait faire quelque chose avec les déchets plastiques. Et l’idée à l’époque était surtout d’améliorer son recyclage, d’où des mesures strictes adoptées dés 1997.

De ce point de vue là, on peut dire que le Japon est un très bon élève. C’est même le meilleur selon une étude de 2016 puisque globalement, 84% du plastique serait recyclé au Japon (plus de 90% pour les bouteilles). En 1996, on était à seulement 39%. Par comparaison, la moyenne européenne serait autour de 31% (chiffres de 2018) et la France est d’ailleurs bonne dernière avec 22,2%.
Au départ, j’avoue que cela m’a paru un peu énorme comme différence mais je me suis dit “pourquoi pas”. Après tout, c’est vrai qu’au Japon, on a tendance à mieux trier le plastique. Au Macdonald, on sépare bien le plastique du papier, regardez :

Wow, il y a même un endroit pour déverser la boisson !

Par ailleurs, à la maison, on sépare bien les bouteilles recyclables (boissons) des autres (lessive en général). De plus, on est censé séparer les bouchons aussi (bon j’avoue que nous, on le fait pas :S). Cependant, il y a une première erreur d’interprétation : trier ne signifie pas forcément recycler. On a tendance à associer les deux puisque l’un amène plus facilement à l’autre. Mais quand bien même on arriverait à tout bien trier, cela n’expliquerait pas pour autant une telle différence pour les chiffres. En fait elle était surtout de l’ordre… sémantique.

Risaikuru, ce n’est pas vraiment pareil que recyclage…

Vous vous souvenez, j’avais écrit un article sur les リサイクルショップ (risaikuru shoppu), ces fameux magasin de recyclage. En fait, je n’avais pas du tout réaliser à ce moment là que le mot risaikuru était aussi large. En fait, il désigne globalement “réutiliser d’une certaine manière sans gâcher”. Dit comme ça, on pourrait penser que c’est comme le français “recyclage”. Sauf qu’en japonais, brûler du plastique pour en faire de l’énergie, c’est aussi du risaikuru.  On appelle ça d’ailleurs サーマルリサイクル (sâmaru risaikuru “recyclage thermique”). En français, on appelle ça “valorisation énergétique” et il est de 57,5% au Japon (43,5% pour la France).

Ainsi, le recyclage en matériaux comme on l’entend en français (récupérer du plastique pour en refaire du plastique), c’est マテリアルリサイクル (materiaru risaikuru) en japonais. Et là le chiffre de 2016 n’est plus que de 22,9%. C’est à dire à peu près comme la France (22,2%). Le Japon a quand même pour mérite de n’en mettre que 16% en décharge contre 34,3% pour la France. Mais vu que le recyclage thermique produit aussi du Co2, au final…

C’est surtout au niveau de la production en déchet plastique que le Japon semble être à blâmer. Outre l’utilisation de sacs plastiques dans la plupart des supermarchés (certains l’ont rendu payant mais ce n’est pas la majorité), on en retrouve de manière excessive sur les emballages (fruits, légumes, paquets de gâteaux…). Néanmoins, n’ayant pas de chiffres précis, je préfère rester prudent ici. Je vous invite à écouter le podcast du jour car j’ai pas mal de choses à dire… :S

Sources : Pwmi (pdf assez complet sur la gestion du plastique au Japon), Lemonde.fr (chiffres pour la France)

6 réponses

  1. Allez tu es tout pardonné !
    Concernant le plastique, il faut noter que tout est toujours fait pour le confort du client. Et vu que c’est plus pratique pour lui d’avoir un sac plastique pour transporter ses courses…
    J’ai tout de même eu un supermarché japonais où l’on me demandait si je désirais un sac !
    Mais la plupart de magasins donnent un (voire plusieurs !) sacs…
    Sans compter tous les emballages des produits (toujours pour ça que ça plus pratique ou que ça reste frais) : un produit a son emballage, et contient des sous portions elles-mêmes emballées, etc… (le plus marquant reste pour les fruits et légumes…)

    Concernant les poubelles, il y en a déjà pas beaucoup et ce sont souvent des poubelles à PMC (bouteilles/canettes). J’ai rarement vu autre chose.
    J’ai aussi constaté plusieurs fois la poubelle “combustible”, pour les autres produits que PMC (ou papier, même si je n’ai vu qu’une seule fois cette poubelle).

    Voilà c’est un peu mon expérience en tant que touriste.
    Vont-ils faire le pas d’être plus contraignant pour les clients en mettant moins de sacs et moins d’emballage ? J’ai l’impression que ça ne colle pas avec la philosophie japonaise, mais qui sait…

    1. Ah ah, je m’en souviendrai de cet article en tout cas. Surtout que je l’ai pas dit dans l’article mais ma femme m’avait prévenu le matin que “matome, c’est pas toujours fiable”. Je précise aussi que si j’ai été eu, c’est que l’article était nuancé car il précisait à côté “les japonais recyclent bien MAIS sont des gros consommateurs”. Sauf que là encore, les chiffres de consommation étaient totalement exagérés et peu fiables. Bref, une horreur cet article, je mets le lien pour ceux qui veulent voir ce que c’est du caca : https://matome.naver.jp/odai/2139711041111268701

      Concernant votre message maintenant (j’y viens ^^), c’est comme vous le dites pour les emballages plastiques trop abondants. Mais je me demandais si on peut en conclure pour autant que les japonais seraient “largement plus consommateurs de plastique” que nous juste avec ces constatations. Car le plastique, on en retrouve aussi dans les brosses à dent, les couverts en plastique, gobelets en plastique… Donc là je préfère rester prudent mais ça n’enlève rien au fait que oui, les japonais “pourraient” diminuer leur consommation. Mais comme vous le suggérez aussi, le culte du “produit tout beau et bien emballé” est encore si présent que je pense que ça n’arrivera pas avant 15-20 ans. Le temps que la génération de l’avant éclatement de la bulle commence à laisser sa place aux plus jeunes qui sont davantage regardant sur les prix (moins cher et pas besoin d’emballage) et sensibles à l’écologie. M’enfin là aussi, ça reste à prouver quand même. ^^

      Les poubelles, on en voit pas mal pour le tri dans les supermarchés. Donc par exemple les barquettes en polystyrène, on les lave et les empile en temps normal. Et une fois arrivé à un certains nombre, on les jette dans une poubelle prévue pour. Maintenant pour les ordures ménagères, on les place dans un sac poubelle approprié (ça dépend en fonction de la ville, je sais que le tri est légèrement différent entre Kyoto et Kobe par exemple) que l’on place sous un filet (jaune ou bleu) dans la rue. J’en avais parlé ici : https://www.kotoba.fr/gomibukuro/

      Et à Kyoto justement, les sacs poubelles sont plus chers et il y a moins de jours de passage que sur Kobe. Donc ils espèrent je crois de cette façon limiter la production de déchets vu que c’est contraignant d’aller les jeter. Par exemple moi, vu qu’à côté de ce blog je fais beaucoup de réparations de console de jeu avec du recyclage (je récupère des pièces en bon état par exemple), j’ai aussi inévitablement des pièces à jeter (batteries, coques trop abîmées, boutons…). Sur Kobe, je mettais tout dans un sac poubelle 燃えないごみ (“déchets non combustibles”). Sauf qu’à Kyoto, ce sac poubelle n’existe tout simplement pas. Il faut donc que j’aille faire un tri (les piles et batteries à l’écart déjà) et que je me rende à la mairie ou dans une déchetterie pour aller les jeter. Je l’ai toujours pas fait d’ailleurs, il faudra que trouve la motivation un jour car ça s’accumule là… :p

  2. c’est vrai les chiffres sont trompeurs et l’interprétation est souvent controversé par les faits réels. Récemment un article sur NHK,un cargo en provenance du Japon avec des déchets plastiques à traiter à été refoulé par les autorités thaïlandaises. La Thaïlande ne veut pas ou plus être la poubelle du Japon. Certes d’autres pays d’Asie n’ont pas ce genre de scrupules.

    1. Voilà, j’aurais pu aussi parler du sujet de l’export des déchets plastique parce que jusqu’à maintenant, le Japon a pas mal exporté vers la Chine apparemment. Mais depuis janvier, la Chine refuse tout import de plastique car elle a déjà suffisamment de déchets à traiter sur son propre sol. Les USA s’en servait aussi comme “poubelle”.
      Bref, c’est aussi ce qui explique pourquoi jusqu’à maintenant, le Japon ne jetait pas directement les déchets plastiques dans la mer. Mais au final, le refiler à un voisin qui n’en veut pas forcément ou jeter, c’est presque pareil quand on y pense. Peut-être que ce refus aura pour conséquence finale une réduction de la consommation en plastique ? On peut toujours rêver mais bon ^^

  3. Merci pour cet article ! Vaste sujet en effet… par exemple quand on parle plastique on parle aussi de pétrole en tant que matière première.
    En tous cas tu t’es rendu compte à temps des “faux” chiffres ou de la complexité pour les interpréter. Merci d’avoir partagé ça aussi avec nous car je n’avais pas imaginé que ça pouvait être si compliqué de faire des comparaisons d’un pays à l’autre.
    On en apprend des choses !

    1. Oui, pour pouvoir comparer des chiffres de toute façon, le mieux est d’en avoir qui soient récoltés par une même étude. Au moins on sait que la méthode de calcul est similaire et qu’on parle bien de la même chose.
      Et puis le recyclage du plastique de toute façon, c’est coûteux, il y a des pertes, etc. Les 22/23% de la France et du Japon, je crois que c’est avant les pertes. C’est juste le pourcentage qu’on réserve au recyclage mais à la fin, on obtient un chiffre moindre encore.

      Bref, ça aura été pour moi une piqûre de rappel car même si je fais attention en général, il peut m’arrive d’écrire des bêtises aussi. Là je crois que j’ai été biaisé dés le départ en tentant peut être de me convaincre que “ok le Japon, on consomme beaucoup de plastique MAIS il est bien recyclé à côté”. Probablement parce que j’y vie et que cette réalité me paraissait plus acceptable ! Une fois qu’on est biaisé, on tombe plus facilement après dans d’autre biais comme triage=recyclage. C’est humain ! ^^
      Enfin j’aurais appris personnellement que リサイクル en japonais pouvait être sensiblement différent du mot recyclage en français. C’est déjà ça. :p

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