Ohiya (お冷) : je vous rapporte de l’eau fraîche tout de suite !

Je vous en avais déjà parlé brièvement, notamment dans l’article sur 湖 (mizuumi “lac”) mais j’aime me répéter : en japonais, il existe plusieurs termes assez différents pour désigner l’eau liquide. On a principalement お湯 (oyu) pour l’eau chaude en général (bain, bouilloire…), 水 (mizu) pour celle potable qu’on boit. Aujourd’hui, j’aimerais vous présenter お冷 (ohiya) qui est moins connu car on l’emploie rarement dans la vie quotidienne. D’où vient-il et quelles personnes en font l’usage ?

Origine du mot ohiya et usage de nos jours

Ohiya est à l’origine ce qu’on appelle un 女房言葉 (nyôbô kotoba). C’est à dire qu’il a été créé dans milieu du 15ème siècle par des femmes de cour qui aimaient avoir entre elles leur propre langage raffiné. Dans le même registre, on a par exemple おなら (onara) ou encore しゃもじ (shamoji). Pour お冷, on a pris le mot courant 冷やし (hiyashi) qui désignait l’eau froide (冷水 reisui) auquel on ajouté le préfixe honorifique o- pour ensuite supprimer le し (shi). Grâce à ce stratagème machiavélique, ces femmes de cour ont pu ainsi s’emparer de l’eau bien fraîche sans se faire repérer par les hommes.

Bon honnêtement, je ne pense pas que leur but était d’avoir un langage caché même si ça peut être pratique dans certaines circonstances. De toute façon, dés l’époque d’Edo (1603-1868), le mot ohiya était déjà aussi bien employé par les femmes que par les hommes. Niveau discrétion, c’est perdu ! Néanmoins, on peut noter que notre mot du jour diffère sur un point des autres nyôbô kotoba que j’avais présentés : on ne l’emploie plus vraiment de nos jours dans la vie de tous les jours. En réalité, il est en quelque sorte redevenu un terme argotique mais dans une autre sphère : celle de la restauration.

Ainsi, lorsqu’on est un client au Japon, on demande naturellement お水をください (omizu wo kudasai “de l’eau s’il vous plaît”). C’est le serveur qui dira par exemple お冷をお持ちしました (ohiya wo omochi shimashita “j’ai apporté de l’eau fraîche”). On appelle plus précisément cela un 符丁 (fuchô) “argot/code utilisé dans le commerce”.
Dans la même idée, pour demander à boire un thé avant de partir du restaurant, le client va simplement dire お茶をください (ocha wo kudasai). Ce auquel le serveur répondra par exemple あがり一丁 ! (agari icchô ! “une tasse de thé”). Agari désignant ici l’acte de finir, c’est donc le “thé du départ”.
Toutefois dans la réalité, il arrive aussi que les clients reprennent les termes du personnel (imitation inconsciente ?). Donc ce n’est pas quelque chose d’immuable et il est difficile de déterminer s’il s’agit d’une erreur d’usage ou non.

Sources : Kotobank (dictionnaires japonais et origine de ohiya), detail.chiebukuro (à propos de l’usage)

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