Mizu (水) : l’eau, un enjeu aussi au Japon

J’en avais parlé dans l’article sur le mot inondation (洪水) : le Japon fait partie des pays les plus pluvieux, c’est un fait. Mais est-il pour autant à l’abri d’une pénurie en eau ? Après une petite présentation sur le mot mizu (水) et ce qu’il englobe, je vais décrire en quoi le pays du soleil levant en est dépendant vis à vis des autres pays.

Définition du mot mizu et concepts liés

S’écrivant en un seul kanji 水, mizu signifie l’eau de manière globale. Cela peut être en tant que boisson, lorsqu’on dit mizu wo nomu (水を飲む) “boire de l’eau”. Il s’agit d’une eau tiède ou froide par opposition à oyu (お湯) qui correspond à l’eau bouillante utilisée par exemple pour le thé.

Lorsqu’on prend qu’on prend son bain où qu’on va se baigner, on peut dire mizu ni tsukaru (水に浸つかる) “être dans l’eau”. On peut encore utiliser ce mot de manière figurée pour décrire quelque chose de fade, qui n’a pas de goût. On dira alors mizuppoi (水っぽい) “comme de l’eau”.

Enfin, il existe au Japon un “commerce de l’eau” s’appelant mizu shôbai (水商売) qui ne concerne pas sa vente en bouteille mais les professions et commerces où les revenus sont instables et dépendant d’une tendance. Dans les faits, ce mot fait surtout aujourd’hui allusion au monde des bars et boites de nuit avec une connotation sexuelle.

Oh, l'eau est abondante au Japon. Oui mais...
Oh, l’eau est abondante au Japon. Oui mais…

L’eau en tant que ressource naturelle : un Japon dépendant

Première donnée importante : le Japon a une autosuffisance alimentaire de seulement 39% (chiffres de 2014). Quel rapport avec l’eau ? Et bien lorsqu’on importe de la nourriture, on considère ça comme de “l’eau virtuelle” (ヴァーチャルウォーター virtual water). Par exemple, il faut environ 3200 litres d’eau pour produire un steak de bœuf de 200 grammes. Et si on calcule tout ce que le Japon importe en virtual water, on arrive à un chiffre de 64 milliards de tonne d’eau par an !

Quand on sait qu’au niveau national, la consommation en mizu est d’environ 83 milliards de tonnes/an (dont environ 54 milliards pour l’agriculture). On peut affirmer que le Japon est très dépendant de l’importation vu que celle-ci représente près de 44% du volume totale en eau consommée ! Et bien que ce liquide soit en apparence abondant lorsqu’on regarde uniquement les précipitations (1700mm/an contre 810mm/an pour la moyenne mondiale), ce n’est pas très élevé si on rapporte cela à la population (4984 m3/an/hab contre 16000 m3/an/hab au niveau de mondial).

De plus, si on regarde uniquement la part exploitable de ces précipitations, on tombe à seulement 3223m3/an/hab. Une bonne partie repartant directement dans la mer car les fleuves et rivières ne sont pas très longs et ne peuvent stocker une grosse quantité d’eau. Et les pluies ne sont pas régulières toute l’année, la part liée aux typhons et à la saison des pluies tsuyu (梅雨) étant importante.

En résumé, si le Japon ne fait rien pour réduire sa trop grande dépendance en mizu par rapport aux autres pays, il pourrait s’en mordre les doigts quand cette ressource naturelle précieuse viendra à manquer au niveau mondial. Le gouvernement a pour objectif 50% d’autosuffisance alimentaire d’ici 2020 mais est-ce suffisant ?

Source : pref.chiba (traitement de l’eau au Japon), nissui.co.jp (données sur l’import d’eau au Japon)