Masugomi (マスゴミ) : la communication de masse devenue crasse

Avec l’arrivée d’internet, la critique des médias de masse traditionnels comme la télévision et les différents journaux a gagné en visibilité. On peut notamment accorder ça en particulier au succès des réseaux sociaux qui ont pris une place importante dans notre vie quotidienne. Ainsi, selon le 32e baromètre Kantar pour La Croix, la confiance accordée à la télévision aurait chuté à 41% en 2017 (contre 65% en 1988) pour atteindre son score le plus bas en 2019 (38%).
Au Japon, la donne semble assez différente car selon les enquêtes d’opinion réalisés par le ministère 総務省 (sômushô), la confiance donnée à la télévision n’a pas franchement évolué négativement ces dernières années : 59,5% en 2012 contre 63,6% en 2017. Cela n’a pas empêché de voir se populariser le mot マスゴミ (masugomi). Comment s’est-il formé ?

Origine du mot masugomi et signification

Il existe en japonais un mot pratique lorsqu’on veut parler des médias dans leur globalité, il s’agit de マスコミ (masukomi). Datant des années 1950, c’est à l’origine la contraction de l’anglais mass communication (communication de masse) renvoyant aux moyens techniques pour diffuser à un public large toutes sortes de messages. Il a toutefois rapidement fini par désigner les médias de masse en eux-même dans la langue courante. マスコミで取り上げられている (masukomi de toriagerarete iru) : on en parle dans les mass-médias (litt “c’est soulevé dans…”). マスコミによる大宣伝 (masukomi ni yoru daisenden) : battage médiatique.

La première occurrence du terme マスゴミ (masugomi) apparaît assez rapidement puisqu’on lui donne la paternité au 野良犬 (Nora Inu “Chien Enragé”) datant de 1966. On a en effet une scène où le héros principal exaspéré dira dans un langage très familier お前らマスコミやないわい、マスゴミじゃ! (omaera masukomi yanai wai, masugomi ja !). Traduction possible : vous n’êtes pas des médias de masse mais de la crasse pour la masse ! Car en japonais, ゴミ (gomi) signifie “déchet/détritus”. Oui, elle est facile ! Cela dit toutefois, c’est vraiment avec la popularisation d’internet dans les années 2000 que ce terme prend de l’ampleur. Il sert à décrédibiliser les médias jugés pour les raisons habituelles (partialité, connivence, déformation des faits, course à l’audience…).

Le traitement de certains journalistes japonais envers Naomi Osaka a été vivement critiqué. Notamment leurs demandes répétées de “répondre en japonais”.

En japonais, on appelle ce genre de fusion entre deux mots un かばん語 (kabango). Cela signifie littéralement “mot-sac” et j’imagine que c’est inspiré du français “mot-valise”. Enfin ici, vu que masukomi (マス+コミュニケーション = マスコミ) est déjà un mot-valise, je dirais que masugomi est plutôt un détournement de mot-valise. Et qui dit détournement d’avion dit aussi détournement de valises. Une conclusion qui vous fera réfléchir avant de prendre l’avion ! 😀

Autres sources : Dic.Nicovideo (généralités), Wikipedia (à propos de kabango), Youtube (spot de pub avec Naomi Osaka)

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