Tabako (タバコ) : la cigarette est-elle masculine au Japon ?

L’amour c’est comme une cigarette, ça brûle et ça monte à la tête ! Si vous ne connaissez pas cette chanson de Sylvie Vartan, je vous laisse faire une recherche. En attendant, on va parler du tabako, c’est à dire du tabac et plus particulièrement de la cigarette au Japon.

Analyse et définition du mot tabako

Tabako peut s’écrire de nos jours en katakana タバコ ou en hiragana たばこIl n’y a pas de règle stricte mais en général, on réserve l’écriture en katakana pour la plante de tabac et le tabac en général. Celle en hiragana est plutôt associée au produit manufacturé, c’est à dire la cigarette voir le cigare. On peut trouver également la version en kanji 煙草 littéralement “herbe qu’on fume” mais ceux-ci sont très peu employés.

Comme la nocivité de la cigarette est désormais reconnue, il existe sur internet des articles recommandant de n’employer que les katakana. Pourquoi ? Et bien parce qu’on aurait davantage conscience d’avoir affaire à un produit nocif. Les hiragana seraient trop neutres et pas assez dissuasifs. Je pense que c’est sujet à débat et qu’il y a certainement d’autres moyens pour lutter contre le tabac !

Toujours est-il que le mot tabako à un sens plus large en japonais que le français tabac. Mais comme ce dernier est quasiment toujours associé à la cigarette, on l’utilise rarement au Japon pour dire “le tabac”. La phrase tabako wo suu (たばこを吸う) s’interprétera plutôt comme “fumer des cigarettes” que “fumer du tabac”. Lorsqu’on veut les compter, on a recours au numéral hon (本). Tabako ippon kuremasen ka. (たばこ一本くれませんか) “vous auriez pas une cigarette pour moi ?”.

Distributeur de cigarettes japonais. Depuis 2004, il existe une sécurité pour les mineurs (il faut présenter une carte).

La cigarette et les japonais(es)

Il y a vraiment beaucoup de choses à dire sur ce sujet. On peut déjà remarquer que les japonais ont un passif de gros fumeurs, surtout les hommes. En 1966, selon le JT (Japan Tobacco), on comptait chez les hommes adultes (plus de 20 ans) 83,7% de fumeurs contre 18% chez les femmes. Ces chiffres n’ont cessé de baisser depuis si on exclut certaines années. Pour comparer avec la France, on trouvait en 1975 un chiffre de 60% d’hommes fumeurs contre 30% de femmes. La même année, on avait 76,2%/15,1% au pays du soleil levant.

Filles de joie japonaises fumant le kiseru (calumet). Peinture datant du 18ème siècle.

Ce qui peut étonner ici, ce n’est pas la proportion global de fumeurs. Car que ce soit en France ou au Japon, on obtient en 1974 une moyenne d’environ 45% de fumeurs quand on rapporte à la population. C’est donc plutôt la disparité hommes/femmes particulièrement marquée chez les japonais. Il existe plusieurs raisons à cela : la première, c’est que depuis le 17ème siècle, fumer était surtout réservé aux prostituées (yûjo 遊女). On peut retrouver des estampes d’époque à ce sujet. C’est pourquoi on a longtemps associé la cigarette à la prostitution ce qui pourrait expliquer un faible nombre de fumeuses.

De plus, on a pris peu à peu conscience des dangers de la cigarette. Et comme la femme a jusqu’à récemment eu pour rôle principal au Japon de mettre au monde les enfants, la consommation de tabac était mal vue. C’est un argument que l’on trouve encore actuellement avec le “une femme se doit d’être belle et de sentir bon”. En 2016, seules 9,7% des japonaises fument contre 29,7% pour les japonais. En France, on est a 28%/36% avec donc un écart beaucoup plus faible. Est ce le signe d’un sexisme toujours dominant ?

Sources : ja.wikipedia (chiffres et généralités), kenko100.jp (à propos de l’écriture en katakana), heatlh-net.or.jp (évolution du tabagisme au Japon)

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