Kichômen (几帳面) : arrondir le coin d’un pilier, c’est précis !

Les japonais font l’objet de nombreux préjugés comme le fait d’être poli et docile. Puisque cela ne suffit pas, on dit parfois qu’ils sont aussi des maniaques de la propreté et donc méticuleux. Ce dernier adjectif se traduit en général par kichômen (几帳面) en japonais. On va s’intéresser tout d’abord à sa surprenante étymologie pour ensuite décrire son usage.

Étymologie de l’adjectif kichômen et usage aujourd’hui

Kichômen s’écrit en kanji 几帳面 et je préfère vous dire tout de suite qu’il est impossible d’en déduire à partir d’eux le sens de méticuleux/scrupuleux. Il faut donc nécessairement revenir à l’origine de ce mot pour bien comprendre. Tout d’abord, le kichô (几帳) était un meuble que l’on trouvait dans la maison des nobles autrefois. Il était composée d’un rideau en soie fine (katabira 帷子), d’une traverse horizontale appelée 手 (te, la main), de deux piliers verticaux nommés 足 (ashi, les jambes) et d’un socle (tsuchii 土居). Il servait avant tout de cloison afin de séparer deux pièces et d’être à l’abri des regards indiscrets.

Pas sûr qu’on pouvait tout cacher derrière ces kichô… 😀

On avait par ailleurs l’habitude d’arrondir les angles des piliers du kichô d’une certaine façon (voir photo). Cette forme particulière a donc fini par s’appeler kichômen (几帳面 où 面 signifie “surface”). Et c’est de là qu’une forme adverbiale signifiant “méticuleusement/avec précision” serait apparue. Tout simplement parce que ça demandait un travail précis et minutieux ! Jikan wo kichômen ni mamoru (時間を几帳面に守る) : respecter l’heure scrupuleusement. Les dictionnaires japonais donnent ainsi comme définition “Ce qui est accompli dans les moindres détails. Qui respecte scrupuleusement les règles”.

Aujourd’hui, on emploie donc également kichômen comme un adjectif pour décrire par exemple la personnalité de quelqu’un. Kichômen na seikaku (几帳面な性格) : un tempérament méticuleux/minutieux/consciencieux. L’image qu’on en a est souvent celle d’une personne sérieuse qui fera parfaitement ce qu’on lui demande sans rien laisser de côté. Selon un sondage réalisé en 2013, ce serait Tokyo qui en compterait le plus (échantillon de 1083 personnes interrogées). Il semble que ce soit le stress des citadins en comparaison au calme et l’insouciance des campagnards qui renvoie à cette représentation.

Sources : wajikan (étymologie), mdpr.jp (sondage de 2013)