Vous vous souvenez, je vous avais parlé en juin du grain de beauté qui se trouve être un “caca de maman” à l’origine en japonais (voir hokuro). Cette fois-ci, on va peut être assister à l’effet inverse avec 疣 (ibo) qui contient bizarrement la sonorité “beau” mais qui correspond à quelque chose qu’on associe souvent à la laideur en français, à savoir la verrue. Comment est-elle donc vue au Japon ?

Origine du mot ibo et coutume au Japon

疣 est un kanji assez rare qu’il n’est pas nécessaire de retenir mais qui  est intéressant à décortiquer. Il est ainsi composé du radical 疒 qu’on utilise pour les maladies/infections (病 yamai : maladie) et de la partie 尤 qui signifie ici “qui ressort/qui est visible” (目立つ medatsu)Ibo, c’est donc une affection qui a pour caractéristique d’être bien voyante. Concernant la prononciation ibo maintenant, ce serait la contraction de いひぼ (ihibo). Et ce terme permettait aussi de décrire les grains de riz qu’on dit aujourd’hui 飯粒 (meshitsubu) en japonais.

Il est vrai qu’une petite verrue qui apparaît sur un doigt peut faire penser à un grain de riz. Difficile après de dire s’il s’agissait d’un compliment ou simplement d’une constatation objective. Pas sûr cela dit que c’était vraiment bien vu car il existe au Japon dans divers endroits ce qu’on appelle les いぼとり地蔵 (ibotori jizô). Le jizô étant une petite statue votive souvent très simple se trouvant dans les temples ou en bord de chemins, ibotori jizô donne littéralement “statue retirant (とり) les verrues“.

Pour la photo de droite, j’ai choisi celle d’une verrue se rapprochant le plus d’un grain de riz… ^^

En gros, on allait les voir lorsqu’on avait des verrues et on criait par exemple “いぼ取れろ。いぼ飛んでけ。” (ibo torero. Ibo tondeke“). Ce qui signifie “Enlevez-moi mes verrues. Verrues, envolez-vous”. Il paraît qu’en faisant ça, il y aurait un réel effet comparable au placebo. Voilà, vous saurez maintenant quoi faire si vous venez au Japon avec une verrue ! ^^

Sources : Gogen-allguide (étymologie), sozo-net (à propos des ibotori jizô)

 

Guilhem Walter

Rédacteur du site kotoba.fr, je vis au Japon depuis juillet 2012 et je m’intéresse de près à la langue japonaise et la culture dont elle fait partie.