J’avoue, j’ai des grains de beauté et pas qu’un peu. Mais comme ma maman me rassurait en me disant “si on les appelle comme ça, c’est pas pour rien !”, je n’y ai jamais vraiment porté attention. Pourtant, si ma naissance avait eu lieu au Japon, peut être que les choses auraient été différentes. Car en japonais, cet amas marron que l’on nomme hokuro (黒子) possède une étymologie pour le moins… sale.

Étymologie du mot hokuro et autres appellations

黒子 qui se lit aussi kokushi (même signification “grain de beauté” mais plus littéraire) signifie littéralement “petite chose (子) noire (黒)”. On écrit cependant plutôt hokuro en hiragana ほくろ, ces kanjis ayant été apposés par la suite (ateji). A l’origine, leur (8-9ème siècle), on les appelait 母糞 (hahakuso). Bien que pris au sens littéral, cela donne “caca (糞) de la maman (母)”, ici 糞 s’interprète plutôt dans le sens de “résidu/dépôt”. On pensait en effet à l’époque que ces points sombres venaient de l’intérieur du ventre de la mère. Oui, c’est toujours de sa faute ! 😀

Ce n’est que vers le 12ème siècle qu’apparu le terme moins négatif 母黒 (hahakuro “noir venant de la maman”) qui serait devenu avec le temps hokuro. En gros, le “haha” aurait évolué vers “hawa” puis “hau” et enfin “ho“. On ne fait donc plus vraiment le lien avec la mère aujourd’hui, je vous rassure ! :D.
D’autant plus qu’entre nous, je n’ai pas noté de réelle différence de perception du grain de beauté au Japon. Evidemment, aucun japonais ne vous fera comme remarque “tu penses pas à retirer ton poireau là ?”. Mais même en fouillant sur le net, je n’ai pas trouvé de source indiquant que le hokuro était mal aimé.

La mode hein… :p

Il existe par contre un terme peu flatteur pour le naevus (terme latin) qui se trouve à proximité de l’œil : 泣き黒子 (nakibokuro “grain de beauté qui pleure”). Si vous en avez un, cela signifie donc que vous avez la larme facile 涙もろい (namidamoroi). Cela dit, c’est apparemment à la mode de s’en faire un artificiellement avec du maquillage. Pourquoi pas… ^^

Sources : gogen-allguide (étymologie), woman-excite (à propos du nakibokuro)

Guilhem Walter

Rédacteur du site kotoba.fr, je vis au Japon depuis juillet 2012 et je m’intéresse de près à la langue japonaise et la culture à laquelle elle fait partie.