Le japonais dans tous les sens

Yadokari (ヤドカリ/宿借) : hey Bernard, tu me prêtes ton logement ?

Imaginez un débutant en français qui tombe sur le mot “bernard-l’hermite” sans qu’on le mette en garde. S’il est suffisamment perspicace, l’absence de majuscule à “bernard” l’amènera sur la piste d’un nom commun insolite. Si en plus il a des connaissances en anglais, “hermite” pourrait lui faire penser à “hermit” (= ermite). Toutefois pour qu’il fasse le rapprochement entre “crab” et “bernard” (hermit crab = bernard-l’hermite en anglais), il y a tout un monde. La question de la provenance de bernard est certes intéressante mais moi je voulais vous parler de yadokari (ヤドカリ), son équivalent japonais qui a au moins le mérite d’être parfaitement clair. Vraiment ?

Origine du mot yadokari et confusion possible

La première fois que j’ai demandé à ma femme comment on nommait en japonais le crustacé qui n’est jamais propriétaire, j’ai entendu yadokani en pensant à 宿カニ. Cela m’avait semblé parfaitement logique puisqu’il ressemble à un crabe (カニ kani) et qu’on l’associe aux nombreux logements (宿 yado) dans lequel il vit. Puis elle a fini par corriger mon n en r, ce qui donne yadokari (宿借). Bizarrement, cela n’a fait que redoubler mon enthousiasme car le sens “qui emprunte (借) des logements (宿)” va encore plus de soit.

Néanmoins en m’intéressant à l’étymologie de yadokari, je me suis aperçu qu’il y avait eu bien d’autres propositions. La première qui est attestée pour être la plus ancienne est かみな (kamina, vers 918) dont la provenance n’est pas expliquée. On l’a également nommé 御化貝 (obakegai) le “coquillage obake” en référence au fait qu’il change d’apparence. Puis probablement avec l’influence de l’anglais hermit crab, il a été proposé やどりがに (yadorigani, 1899) “crabe qui loge” ainsi que やどかりがに (yadokarigani) “crabe qui emprunte des logements”. Pas de yadokani en vue cela dit, dommage pour moi. (´ω`*)

Revenons donc à notre yadokari dont la première utilisation pour le bernard-l’hermite remonterait à 1699. Je précise bien “pour le bernard-l’hermite” car avant cela, le mot signifiait simplement “fait d’emprunter un logement” (宿を借りること yado wo kariru koto) ou désignait encore le logeur en lui-même (1595). Bon j’avoue que j’ai été cherché ça loin et que de nos jours, tout le monde pense au bernard-l’hermite à l’évocation de yadokari. ヤドカリという甲殻類 (yadokari to iu kôkakurui) : le crustacé qu’on appelle bernard-l’hermite. Je termine sur sa graphie qui varie entre ヤドカリ (katakanas) et 宿借 (kanjis). La plus courante (et de loin) est ヤドカリ puisque comme pour beaucoup d’autres noms d’animaux, on a gardé l’habitude des katakanas (je l’explique dans mon livre). Néanmoins avoir en tête 宿借 aide vraiment selon moi à la mémorisation du mot, une autre raison donc de bien connaître ses kanjis. ಠﭛಠ

Source : Nihon kokugo daijiten (dictionnaire japonais décrivant l’histoire de l’usage des mots)

2 réponses

    1. Merci pour ton commentaire 🙂

      Alors en étymologie et en particulier pour le japonais avec ses nombreux homophones, c’est très risqué de faire des interprétations à partir de la prononciation d’un mot, d’autant plus quand il a plus de 1000 ans. Là tu proposes d’ailleurs un mélange on-yomi (ka) et kun-yomi (mina) qui n’est pas impossible mais plus improbable. Je ne suis pas expert dans le domaine mais je crois que pour proposer une hypothèse décente, il faut étudier les textes d’époque pour observer certaines tendances ou comprendre dans quel sens les mots étaient utilisés à ce moment-là. Par exemple, peut-être que d’autres crustacés possédaient le suffixe “na” ou le préfixe “ka”, je dis ça au hasard.

      Quoi qu’il en soit, cela ne sert pas à grand chose de trouver l’étymologie d’un mot ancien avec nos connaissances actuelles si ce n’est de trouver un moyen mnémotechnique pour retenir le mot (bon là vu que plus personnes n’utilise kamina de toute façon… ^^).

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