Le terme “tache de rousseur” est souvent jugé discriminant puisqu’on a l’impression que seuls les roux en possèdent. Il est vrai qu’ils apparaissent plus facilement sur une peau clair (comme celles des roux) mais maintenant, il faut désormais dire éphélide au sens étymologique “résultant du soleil”. Ça, c’est neutre au moins ! 😀
En japonais, il semble que l’on fasse encore moins dans la dentelle puisque le mot le plus courant pour désigner ces jolies petites taches est sobakasu (雀斑). Si on se fie à la prononciation, cela signifie “résidus de soba”. Pourtant, les kanjis semblent indiquer toute autre chose. Un procédé d’équilibrage ?

Origine du mot sobakasu et variantes

C’est vers le début de l’époque d’Edo (1603-1868) qu’on a eu l’idée de désigner les éphélides par le mot sobakasu. Cela correspond en fait plus précisément à l’époque du commerce Nanban (1543-1641) où le sol japonais a vu l’arrivée des premiers européens. Et comme ceux-ci sont davantage sujets aux éphélides, cela n’est apparemment pas passé inaperçu. Mais venons en tout d’abord à la prononciation そばかす (sobakasu) que l’on pourrait écrire en kanji 蕎麦滓 où 蕎麦 (soba) = soba (pâtes de sarrasin) et 滓 (kasu) = résidu/dépôt/crasse. En fait, cela fait référence à la couleur et la forme de la balle des graines de sarrasin 蕎麦殻 (sobagara) qui restent après le procédé de transformation en poudre.

C’est donc bien un “résidu de soba” dans son sens le plus concret, pas franchement glamour… :S. Heureusement pour nous, le choix des ateji 雀斑 pour sobakasu permet un rééquilibrage intéressant. En effet, ils signifient littéralement “moucheture/tache (班 madara) de moineaux (雀 suzume)“. En réalité, il s’agit plutôt ici des petites tâches brunâtres présentes sur les œufs des moineaux. Poétique non ? Sobakasu darake no kao (雀斑だらけの顔) : un visage parsemé de taches de rousseur.

Cliniquement parlant maintenant, on emploie plutôt le terme 雀卵斑 (jakuranhan). Pour le coup, c’est plus précis que 雀班 puisque le kanji 卵 (tamago œuf) rappelle qu’il s’agit bien des tâches d’œufs de moineaux. Par contre, il est davantage connoté négativement puisque lorsqu’on en parle dans une clinique, c’est en général pour les faire disparaître. D’ailleurs, en tapant le mot dans Google, on m’a proposé automatiquement d’ajouter 治療 (chiryô “traitement/cure). C’est pourtant mignon les œufs de moineaux ! ^^

Sources : gogen-allguide (étymologie), ja.wikipedia (mot jakuhanran)

Guilhem Walter

Rédacteur du site kotoba.fr, je vis au Japon depuis juillet 2012 et je m’intéresse de près à la langue japonaise et la culture dont elle fait partie.