Reikin (礼金) : la pratique de “payer pour remercier”, une arnaque ?

Au Japon comme en France, on paye au moment de louer un bien une caution shikikin (敷金). Cet argent vous est “normalement” retourné au moment de déménager. Mais il existe au pays du soleil levant d’autres frais dont le reikin (礼金) qui est notre mot du jour. Qu’est ce que c’est ?

Histoire et définition du reikin

Reikin s’écrit en kanji 礼金 où 礼 signifie “remercier” et 金 “l’argent”. On obtient ainsi littéralement “argent pour remercier”. En fait, ce terme peut s’utiliser pour vouloir dire “honoraires” (médecin, avocat…). Cependant, il désigne aujourd’hui quasi exclusivement l’argent que l’on verse au loueur en guise d’acompte. Et à la différence de la caution, vous ne le reverrez pas. Pourquoi un système si désavantageux pour le locataire ?

Et bien il existe plusieurs hypothèses quant à sa naissance et deux semblent ressortir du lot. La première est basée sur les conséquences du grand tremblement de terre de Tokyo en 1923. A l’époque, comme beaucoup de gens ont perdu leur maison, il y a eu brusquement une forte demande sur le marché de l’immobilier. Du coup, les propriétaires auraient en quelque sorte profité de cet état de fait pour instaurer un système de priorité avec le reikin. Entendez donc par là “les plus riches d’abord !”.

L’autre hypothèse repose sur les effets de l’exode rurale durant la période de haute croissance (à partir des années 1960). Les familles envoyaient leurs fils étudier à Tokyo et payaient une certaine somme au propriétaire pour qu’il veille sur lui. Musuko wo yoroshiku onegai shimasu (息子をよろしくお願いします) “occupez vous bien de mon fils”. De ce point de vue là, le reikin parait aller de soit.

Voici l’argent que vous ne verrez plus ! MWHAAAHAH

Le reikin aujourd’hui, une arnaque ?

Je n’en ai pas parlé explicitement mais le reikin se justifiait à l’époque aussi par le simple fait qu’on était en contact permanent avec son propriétaire ooyasan (大家さん). Et s’il a perduré surtout dans les grandes villes, c’est que la demande en loyer est toujours restée forte (les campagnes se vident, c’est une réalité). Et lorsqu’on est en position de force, on a tendance à en profiter si aucune loi n’arrive pour réguler.

Mais voilà, la crise est passée par là avec l’éclatement de la bulle dans le début des années 1990. On assiste à un retour à la frugalité et cela fait partie des causes de la dénatalité récente. Résultat ? La demande de location a chuté et on constate une augmentation croissante de “maisons vides” akiya (空き家).  Le chiffre pour tout le Japon est d’environ 14% aujourd’hui. Et selon certaines estimation, ce chiffre pourrait passer à 25% d’ici 15 ans !

Les campagnes sont les plus touchées mais rien qu’à Tokyo, on en dénombre 817 000. En conséquence, on peut constater que de plus en plus d’agences immobilières proposent des reikin à très bas prix voir gratuits. Rappelons que dans encore beaucoup d’endroits, cela correspond à deux loyers ! Cette pratique n’a en plus aucune légitimité, on passe en effet très peu de temps avec son propriétaire aujourd’hui.

En quoi devrait-on alors le remercier ? Ce serait pas plutôt à lui de faire profil bas ? Et bien c’est dans un certain sens ce qui se passe : le reikin que vous payez ne va pas dans les mains du propriétaire en général mais dans celles de l’agence immobilière. Soit de manière un peu “cachée” soit en lui promettant de mettre en avant son bien. Dans tous les cas, c’est le locataire qui trinque. Jusqu’à quand ?

Sources : kurashinotane (histoire du reikin), tochikatsuyou (maisons vides), uchikomi (où va le reikin ?)