Hier, suite à l’article sur kushami (éternuement), on m’a fait une remarque par mail. J’avais en effet indiqué qu’actuellement au Japon, il n’existait pas d’équivalent à “à tes/vos souhaits”. Cependant, en cherchant dans un dictionnaire (qui a décidément réponse à tout ! ^^), on peut trouver la suggestion お大事に (o-daiji ni). Je vais donc décrire cette formule de politesse dans cet article et expliquer pourquoi elle me semble plutôt éloignée de “à tes souhaits”.

Analyse et contextes d’emploi de l’expression o-daiji ni

お大事に est une formule de politesse qui possède la structure classique おxxxに (o- xxx ni). On la retrouve par exemple pour o-ki no doku ni (お気の毒に “mes condoléances”). Le préfixe o- ici est simplement un marqueur de politesse et la particule に (ni) indique qu’il y a une contraction lorsqu’elle est placée à la fin. Ce qui est classique pour une formule de politesse quotidienne (qui se raccourcit avec le temps). Autrement dit, on sous entend 思う/存じる (omou/zonjiru “penser”) pour o-ni no doku ni (zonjiru/omou). Et pour notre o-daiji ni, la suite pourrait être してください (shite kudasai). Et littéralement, お大事にしてください (o-daiji ni shite kudasai) signifie “prenez soin de vous“.

J’aurais pu ici vous expliquer plus en détail le mot 大事 (daiji) qui à l’instar de 大切 (taisetsu) décrit quelque chose d’important/précieux. En l’occurrence le corps ici qui doit être entretenu avec importance. Mais vu que je compte écrire un article séparé dans un avenir proche… ^^
Quoi qu’il en soit, notre formule de politesse o-daiji ni comme vous l’auriez compris indique certes à l’interlocuteur de prendre soin de lui mais il faut une raison pour qu’elle soit prononcée. Tous les dictionnaires japonais que j’ai consultés indiquent ainsi “expression utilisée envers une personne qui a un rhume ou qui semble malade lorsqu’on souhaite qu’elle guérisse”.
C’est pourquoi on vous dira automatiquement o-daiji ni lors de votre sortie de clinique ou d’hôpital.

Bref, bien qu’un éternuement peut être un signe annonciateur de maladie, il en faut un peu plus pour mériter un o-daiji ni ! 😀
Et puis surtout, c’est plutôt au moment de se séparer qu’on emploie cette expression. Si votre voisin de table éternue, que vous lui dites o-daiji ni de manière désinvolte et que vous retournez à vos préoccupations, cela ferait bizarre. Pareillement, on ne coupe pas la parole à quelqu’un qui vient d’éternuer en glissant cette expression. Déjà que ça m’énerve quand on me le dit en français. “Oui oui, merci merci…” ^^
Dernière chose : s’agissant d’une formule utilisée au quotidien (amies/famille), on préfère varier lorsque c’est envers un supérieur hiérarchique. Par exemple, お大事になさってください (o-daiji ni nasatte kudasai) convient bien.

Sources : Weblio (dictionnaire japonais), rirekisyodo (avec les supérieurs hiérarchiques)

Guilhem Walter

Rédacteur du site kotoba.fr, je vis au Japon depuis juillet 2012 et je m’intéresse de près à la langue japonaise et la culture dont elle fait partie.