Le japonais dans tous les sens

Hibiki (響き) : la résonance d’un bon repas à plusieurs

Un son, c’est techniquement une vibration de l’air. Et pour que cette vibration se propage, il lui faut un environnement qui va impacter directement sur la perception qu’on en a. Selon le Larousse, la résonance peut se définir comme la “manière dont une salle, un corps, restituent le son”. On va voir aujourd’hui que le mot japonais hibiki (響き) est proche de cette définition à quelques nuances près.
Je vais partir tout d’abord de l’origine du kanji 響 pour ensuite m’intéresser aux différents sens admis pour hibiki aujourd’hui.

Origine du kanji de hibiki

Hibiki s’écrit en japonais 響き à ne pas confondre avec ibiki (いびき/鼾). Afin que vous fassiez bien la différence, j’ai mis les deux dans le fichier audio du dessus avec hibiki en premier. Si j’insiste là dessus, c’est parce que ces deux mots ont un sens assez proche puisque ibiki signifie “ronflement”. Comme on fait référence à un son dans les deux cas, attention aux quiproquos et autres malentendus ! 😀
Mais revenons à notre mot du jour et plus particulièrement au kanji 響. Celui-ci est composé de la clé du son 音 en dessous et de l’idéogramme 郷 au dessus.

Ce dernier est surtout connu pour décrire un lieu, en l’occurrence le village natal. Par exemple, le furusato (故郷) correspond au lieu de naissance, le village où on a grandi. Il semble cependant que ce sens soit apparu plus tardivement. 郷 représenterait en effet deux personnes assises autour d’une table en train de manger un délicieux repas. Pour s’en rendre compte, il faut se référer à l’ancienne écriture du kanji car la forme actuelle est simplifiée. Voici une illustration parlante tirée du site Okjiten :

Evolution du kanji 響 avec la forme actuelle en haut à droite. Celle en bas à droite a été abandonnée.

Ainsi, que l’on soit en France ou au Japon, festoyer, et bien ça résonne ! C’est pourquoi quand on associe 音 à 郷, on a l’image de la résonance des conversations et du bruit des couverts. J’en profite d’ailleurs pour dire qu’il n’est pas mal vu au Japon de faire du bruit en mangeant. C’est même conseillé parfois pour les plats composés de nouilles par exemple. Un bon “slurp” quand on les aspire est considéré comme naturel. Bref, je dérive encore une fois, revenons si vous le voulez bien à hibiki et aux sens généralement admis de nos jours.

Significations du mot hibiki avec des exemples en contexte

Dans son sens premier qui est le plus concret, hibiki peut se définir comme “un son/une voix qui se propage dans l’espace et que l’on entend“. C’est donc un son qui est parfaitement perceptible, la plupart du temps parce qu’il est puissant. Il est donné ainsi comme exemple taiko/kaminari no hibiki (太鼓/雷の響き). C’est à dire “le grondement/la résonance du tambour ou du tonnerre”. On trouve également comme exemple celui de la cloche avec un son qui perdure quelque temps après. On dit en japonais que c’est un zankyô (残響 “résonance qui reste”).

La résonance du train est également une bonne image pour comprendre hibiki

Par ailleurs, on retrouve hibiki dans le domaine de la musique et notamment pour la voix. C’est toujours la même logique : une voix qui porte et qui donc s’entend bien se dit hibiki no aru koe (響きのある声). Il semble que ce n’est que par la suite qu’on a attribué une impression positive ou non à cette résonance. C’est comme en français, quand le son d’un mot ou expression nous plaît, on dit que “ça sonne bien”. Hibiki no ii namae (響きの良い名前) : un nom qui sonne bien/avec une jolie sonorité.

Enfin, dans un sens encore plus imagé, notre mot du jour peut signifier “influence/répercussion“. Il a alors pour synonyme eikyô (影響) qui s’écrit d’ailleurs avec le kanji 響. Endaka no hibiki (円高の響き) : les répercussions de la hausse du yen. A noter qu’autrefois, il pouvait également signifier “réputation” toujours avec cette même idée de propagation.

Sources : Weblio (dictionnaire japonais), Ameblo (étymologie du kanji 響)

6 réponses

  1. Bonjour,

    Le kanji 響, en chinois xiang3, est en réalité un idéophonogramme, et non un idéogramme comme vous le suggérez. Il possède comme il se doit une partie évoquant sa signification, ici 音 – le son -, et une seconde renseignant sur sa prononciation, 鄉 – le village, xiang1.

    Dans l’écrasante majorité des cas, le composant phonétique d’un idéophonogramme est choisi purement pour sa phonétique, et non pour son sens, de telle sorte que votre explication étymologique est possiblement excessive.

    Elle peut néanmoins constituer un bon moyen mnémotechnique, dont les apprenants du chinois et du japonais sont friands !

    Cordialement,

    1. Bonjour,

      alors c’est vrai que le terme d’idéogramme que j’ai employé pour la partie 郷 (et non le kanji 響) est faux ici. Vu que c’est un domaine que je ne maîtrise pas parfaitement, il arrive que j’emploie des termes imprécis parfois. J’ai utilisé tout simplement idéogramme dans le sens “symbole graphique” en oubliant que celui-ci était attaché à un sens, une idée. Hors ici, il y a apparemment débat avec 郷.

      Certains sites comme ceux que j’ai consulté le classent comme un 象形文字 (shôkei moji), c’est à dire un pictogramme représentant deux personnes en train de manger sur une table. Et d’autres sources comme la votre ou encore mon dictionnaire de kanji précisent que c’est un 形声文字 (keisei moji), c’est à dire un idéophonogrammes avec une partie sémantique et une partie sonore. Sur la partie sémantique d’ailleurs, les interprétations différent parce que j’ai lu celle d’un banquet dans un village (ici : https://detail.chiebukuro.yahoo.co.jp/qa/question_detail/q1157357591 ).

      Bref, concernant le kanji 響 maintenant, c’est encore plus complexe parce qu’il appartiendrait apparemment à une catégorie plus récente, les 会意形声文字 (kaii keisei moji). L’exemple le plus souvent utilisé est 清. Jusqu’à récemment, on considérait que c’était un idéophonogramme avec la partie sémantique à gauche 水 (eau) et la partie phonétique à droite 青 (prononciation “sei”). Sauf qu’ici, 青 apporterait également le sens de “pur/limpide”. Bref, tout ça pour dire que cette différenciation “partie sémantique + partie phonétique” est probablement trop rigide.

      Quoi qu’il en soit, la classification des kanjis a été décidé après coup, comme la grammaire. Et comme toute classification posthume, c’est jamais vraiment parfait. J’aurais du mettre un peu plus de conditionnel cela dit vu qu’on ne sait jamais exactement comment a été formé un kanji. Pour certains, on est quasi sûr mais pour d’autres comme 響, c’est déjà moins évident. Personnellement, je penche plutôt pour le fait que la partie 郷 a été choisi à la fois pour sa prononciation (kyô) mais aussi pour le sens qu’elle évoque. Car on peut penser qu’il y avait d’autres candidats pour le kyô (協, 鏡, 叫, 教…), pourquoi avoir pris 郷 en particulier ? Par défaut parce qu’il ne restait plus que celui là ?

      Je suis d’accord après pour dire que le plus souvent, c’est pour leur prononciation et non pour leur sens que ces “parties graphiques” sont choisies. D’ailleurs, pour d’autres kanjis, je le précise en général. Mais je maintiens que pour 響, il y a débat et l’hypothèse de la scène de repas m’a semblé intéressante ^^. En tout cas grâce à vous, j’en sais un peu plus sur la classification des kanjis maintenant. 😀

    1. Oui voilà, je pense que l’expression “スキャンダルの響き (sukyandaru no hibiki) “les répercussions d’un scandale” est possible en japonais.
      Attention après, hibiki fait surtout référence à la propagation et non au bruit en lui même en général (bien que ça peut aussi être le cas).

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