Hatarakimono (働き者) : les japonais, des grands travailleurs ?

Tout le monde est désormais au courant : les japonais travaillent beaucoup. Du moins, plus que nous autres français en tout cas. Seulement voilà, en 2016, l’OCDE sort une étude sur ce sujet et stupeur : le Japon ne figure même pas dans les dix premiers étant donné qu’il est quinzième ! Ce ne sont donc plus des bosseurs, hatarakimono (働き者) ? On va voir ça après une analyse rapide de ce mot !

Analyse du mot hatarakimono et statistiques récentes

Hatarakimono s’écrit généralement en japonais 働き者 où 働き est dérivé du verbe hataraku (働く travailler). 者 (mono) est un suffixe qu’on emploie pour désigner un type de personne. On peut également utiliser ce mot seul à la place de hito (人) mais dans ce cas là, il possède une connotation négative rappelant la chose/l’objet 物 (mono). Cela dit, en tant que suffixe aussi, on peut remarquer qu’il possède souvent une nuance dépréciative. Namake-mono (怠け者) : le fainéant, waru-mono (悪者) : le méchant, uwaki-mono (浮気者) : l’infidèle… Avec bien sûr des exceptions comme waka-mono (若者) qui désigne de manière neutre le/les jeunes.

Concernant hatarakimono donc, les dictionnaires japonais indiquent simplement “personne qui travaille beaucoup“. Cependant, je ne pense pas personnellement qu’il ait un sens aussi positif que “bosseur”. Mon dictionnaire propose d’ailleurs la traduction plus neutre de “grand travailleur“. Ces derniers temps, une expression est assez populaire (sur Google en tout cas) : munô na hatarakimono (無能な働き者). Elle signifie littéralement “un grand travailleur incapable/incompétent“. C’est l’officier allemand Hans Von Seeckt qui aurait dit dans les années 1920 qu’il fallait fusiller ce type de personnes. Rien que ça ! 😀

Si cette expression s’est popularisée, c’est peut être parce qu’elle fait sens auprès de nombreux japonais. Car si on se sent inutile, à quoi sert-il de travailler beaucoup ? A propos des heures de travail justement, j’aimerais dire un petit mot sur cette fameuse étude de l’OCDE (2016) où le Japon est 15ème. Elle est en effet plutôt trompeuse dans le sens où elle dresse une moyenne homme/femme. Et quand on sait que les femmes occupent pour beaucoup des emplois à temps partiels, ce n’est pas vraiment représentatif. Il existe heureusement une autre étude réalisée par le même organisme en 2014 avec uniquement le travail masculin. Cette fois-ci, le Japon est premier avec en moyenne 375 minutes de travail payées par jour contre 172 minutes pour la France. :S

Sources : Mahiru123 (temps de travail), Kotobank (dictionnaire japonais)

7 réponses

    1. Vous utilisez quel type de dictionnaire ?
      Pour moi, on ne peut vraiment pas traduire ce mot par tricheur vu que uwaki décrit l’infidélité/disposition d’esprit changeante.
      Je pense qu’il s’agit d’une mauvaise traduction de l’anglais vu que “cheater” signifie à la fois dans cette langue “tricheur” et “infidèle/trompeur”. C’est pourquoi Google traduction donne tricheur vu qu’il fonctionne ainsi : japonais — anglais — français.

      Mais je comptais justement faire un dossier sur les dictionnaires et j’aborderai certainement ce sujet ! 🙂

  1. j ai regarde cela dans google trad effectivement qui est assez mauvais ,je te l accorde .

    cependant je viens de consulter la tres bonne appli..dictionnaire japonais.

    il donne la traduction infidele ( dans le couple) et tricheur avec le meme kanji .

    sinon de ton cote , comment traduis tu tricheur au japon..

    merci, encore pour ton travail formidable .
    j en apprend tellement grace á toi

    1. Vous parlez de cette appli : https://play.google.com/store/apps/details?id=air.okonomiyaki.nichifutsu.diko ?

      Le gros soucis en fait avec toutes les applis de dico franco-japonais que l’on trouve sur le net, c’est qu’on ne sait pas vraiment comment les traductions ont été réalisées. Et il se trouve que la plupart du temps, on s’aperçoit que c’est depuis l’anglais et non depuis le japonais. Probablement par gain de temps. De plus, tous les dicos proposent à peu près les mêmes traductions vu que chacun copie sur l’autre en apportant parfois quelques modifications légères.

      Le site http://www.dictionnaire-japonais.com/ est intéressant mais chacun peut proposer les traductions qu’il veut donc ce n’est pas très fiable. et “dictionnaire.reverso” fait comme google traduction, il propose lui “dragueur”. Là encore je ne suis pas d’accord car on peut tromper son partenaire et aller voir ailleurs sans forcément être un dragueur. Là c’est plutôt un type fréquent d’uwakimono même si je préfère cette traduction à “tricheur”.

      Le meilleur dictionnaire franco-japonais en ligne que je connaisse est WordReference, disons que c’est le plus fiable. Voici ce qu’il propose pour uwakimono : http://www.wordreference.com/jafr/%E6%B5%AE%E6%B0%97%E8%80%85
      “coureur/coureur de jupons” et “dragueur” vient seulement après. Je pense personnellement que “coureur” est pas mal vu qu’on a l’image de quelqu’un de volatile.

      Après je ne l’ai pas précisé mais quand j’ai écrit “infidèle”, c’était sous entendu “en amour”. Il existe d’autres mots plus général pour l’infidélité (amitié par exemple) comme fujitsu (不実) “infidèle/déloyal/perfide/traitre” ou encore fuchûjitsu/chûjitsu de ha nai (不忠実/忠実ではない) “infidèle/déloyal”.

      Il faut vraiment se dire qu’il n’existe pas un exact équivalent d’une langue à l’autre. Et donc en fonction de ce que vous entendez par infidélité (amour ? amitié ? religion ?), on aura recours à une traduction différente. Surtout pour des concepts abstraits et très lié à la culture comme l’infidélité.

      Concernant tricheur, c’est pareil. Le terme le plus général pour la tricherie est probablement ikasama (如何様). Donc un tricheur peut se dire ikasama no hito (如何様の人) ou encore pour rester dans le thème ikasamamono/ikasamashi (如何様者/如何様師). Maintenant ça dépend de quelle tricherie on parle. Si c’est tricher à un examen, on emploiera plutôt l’expression kanningu wo suru hito (カンニングをする人).
      Je vais surement en parler vendredi de ce mot car il est intéressant étant donner qu’il a un sens radicalement différent en anglais (cunning). ^^

  2. Tout d’abord merci pour cet article et pour l’ensemble du contenu qui est vraiment très intéressant. Je suis bien content d’avoir découvert cette application récemment !

    Pour en revenir au sujet de cet article et sur le nombre d’heures travaillées au Japon, je pense qu’il est toujours bon de nuancer un peu la chose en indiquant qu’il s’agit plutôt d’une moyenne d’heures “de présence au travail”. Le problème est que les japonais travaillent certes “beaucoup” mais on un taux de productivité plutôt faible par rapport à d’autres pays, dont la France. Je pense que le problème est avant tout culturel, avec cette fameuse règle implicite de ne pas partir trop tôt avant son supérieur car tant qu’on est présent au travail, même si l’on ne fait rien, on donne l’impression de faire quelque chose. C’est pourquoi il n’est pas rare de voir certains employés japonais réalisés une tâche assez lentement pour augmenter leur temps de présence sans augmenter leur production (on peut aussi inclure les siestes au travail qui comptent comme des heures de présence au boulot 😀 )

    1. Bonjour,

      Oui, c’est un paramètre à prendre en compte effectivement mais qui est très difficilement mesurable. Et surtout, ça dépend pas mal du secteur.
      Par exemple, les pâtissiers ou encore les cuisiniers ne restent pas au boulot pour glander. Pour avoir un peu travaillé dans le milieu, je peux dire que c’est très éprouvant physiquement et il n’est pas rare d’en voir craquer.

      Je pense donc que ce que vous dites s’applique donc surtout pour les employés de bureau en général. Il faut savoir aussi que ça a quand même évolué après l’éclatement de la bulle (1990). Depuis, c’est quand même devenu de plus en plus rare de rester au boulot juste pour la forme. En tout cas, selon les sondages que j’ai pu lire (dont celui-ci : https://jinjibu.jp/article/detl/manage/226/3/), seulement 8,4% des participants ont répondu “si je reste au boulot, c’est parce que tout le monde reste et qu’il est difficile de rentrer” à la question “quelle est la raison pour laquelle vous dépassez les horaires habituelles de boulot. Et la majorité (51%) a répondu “parce que la charge de travail est élevée.

      Bref, je pense que oui, on reste plus souvent au travail par convention/politesse au Japon qu’en France. Et que comme vous le dites, on est un peu moins productif. Maintenant, je pense également que ça ne concerne pas tous les secteurs et qu’on a peut être un peu trop vite extrapolé afin d’expliquer “les japonais ne sont pas des surhommes, ok ils travaillent beaucoup mais ils sont moins productifs !”.

      Un sujet en tout cas plus complexe qu’il n’en a l’air et sur lequel il est difficile d’y voir clair. j’y reviendrai sûrement quand je parlerai du mot zangyô (残業 “heures supplémentaires”) en essayant de faire davantage de recherches. Car je dois avouer que moi aussi, ça m’intéresse ! 🙂

      Merci pour votre soutient sinon 😉

  3. Effectivement, je parlais principalement des employés de bureau. On retrouve aussi ce genre de pratique dans les laboratoires de recherche (enfin… “les”… en tout cas dans celui dont j’ai connaissance donc j’extrapole en me disant que c’est peut-être comme ça ailleurs aussi) où une simple expérience chimique peut parfois prendre le double de temps au Japon car faite plus lentement. Parce qu’une fois la réaction lancée, il n’y a pas toujours d’autre chose à faire que d’attendre et ne sembler rien faire au boulot n’est jamais vu d’un très bon oeil.

    Comme vous l’avez dit, je pense que les métiers de la restauration, boulangerie, etc. ne sont pas touchés par le phénomène de la “présence” au boulot tant la charge de travail est importante. Je pense qu’il n’est tout simplement pas possible d’avoir le temps de s’ennuyer et même les pauses doivent se faire rare.

    J’attends avec hâte l’article sur les 残業 ! 😉

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