Gasu (ガス) : un gaz qui peut être liquide ou brumeux

J’aimerais bien inventer une phrase culte avec les mots japonais en katakana qu’on citerait partout. Quelque chose comme “même si ça te paraît évident et que tu n’as aucune raison de douter, méfie-toi quand même avec les katakana” mais en plus rigolo. On va voir en effet aujourd’hui que malgré son côté inoffensif (bon il peut exploser, c’est vrai !), ガス (gasu) peut créer certains malentendus. Vous allez voir, c’est cocasse !

Analyse du mot gasu et évolution de son acceptation

Il est difficile de dire précisément de quelle langue a été emprunté le japonais ガス (gasu) mais vu la prononciation et l’époque (début de l’ère Meiji vers 1870), il est très probable que ce soit l’anglais gas. Il s’agissait à ce moment-là de diffuser un tout nouveau type d’éclairage de ville, celui au gaz qu’on appelle ガス灯 (gasu-tô de l’anglais gas light). Si vous m’avez lu jusqu’à maintenant, vous devriez savoir aussi qu’à l’époque, attribuer des kanjis aux mots importés était à la mode. Pour gasu, on a décidé que ce serait 瓦斯 littéralement “tuile-cela”. Oui, ils ont bien été choisis pour leur prononciation et non pour leur sens.

Toujours est-il que l’idée qui prédominait au début, c’était celle du gaz en tant que carburant et non en tant qu’état physique de la matière. Pour cela, on a très vite proposé 気体 (kitai) littéralement “corps avec de l’air (gazeux)” où on a une source écrite datant de 1874. Toutefois dans le langage courant, les deux sont finalement devenus quasi-synonymes. La principale nuance, c’est qu’on pense toujours surtout aujourd’hui au carburant en entendant gasu, comme avec le gaz de ville qui se dit 都市ガス (toshi gasu). Puis entre temps, les américains ont eu la bonne idée de raccourcir gasoline en gas d’où le terme de gas station (station essence) assez répandu là-bas. Evidemment les japonais ont fait pareil, je ne sais pas cela dit dans quelle mesure qui a influencé qui.

Une panne de gaz ? J'ai ce qu'il vous faut ! :D
Une panne de gaz ? J’ai ce qu’il vous faut ! 😀

Résultat : la panne d’essence se dit en japonais ガス欠 (gasuketsu), ce que j’ai d’ailleurs traduit par “panne de gaz” au début. Puis je me suis dit que c’était bizarre quand même pour une voiture de manquer de gaz. Plus surprenant peut-être encore, notre gasu peut être synonyme de “brouillard”. Par exemple on peut dire 山にガスがかかっている (yama ni gasu ga kakatte iru) : la montagne est couverte de brouillard. Ce sont les côtes brumeuses Hokkaido qui auraient donné cette image. Enfin, qui dit carburant dit “chose toxique“, c’est pourquoi l’auteur connu Natsume Soseki l’a associé au pet (voir onara) en 1909. Bizarrement, on a fait pareil en français. ^^

Sources : Gogen-allguide (étymologie), Kotobank (dictionnaires et encyclopédies)

 

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