Chônan (長男) : être fils aîné, une corvée ?

En France, bien qu’il n’existe pas de règles précises, on a tendance à attribuer à l’aîné(e) un rôle particulier, celui de “veiller sur ses frères et sœurs”. Cette hiérarchie a cependant tendance à disparaître avec les époques mais qu’en est-il au Japon pour le fils aîné, chônan (長男) ?

Définition de chônan et caractéristiques japonaises

Chônan s’écrit en kanji 長男 où 長 signifie “long/chef” et 男 “l’homme”. Il faut donc bien avoir en tête qu’on parle du fils le plus âgé, le premier à naître. Même si une fille née avant (qu’on appelle d’ailleurs chôjo 長女), cela ne change rien à ce fait. Il existe un terme plus neutre qui est chôshi (長子) où 子 signifie “enfant”. On peut donc en théorie l’utiliser indépendamment pour les filles et les garçons. Mais ça reste un mot employé surtout à l’écrit.

Si on fait une telle distinction au Japon où il n’existe pas de terme pour dire “mon frère” (on dira soit ani “grand frère” où otôto “petit frère”), c’est avant tout parce que chacun a une place hiérarchique dans la famille. Et à l’instar de la culture arabe, le prénom sert souvent d’indice vu que tous les garçons qui s’appellent ichirô (一郎 où 一 signifie “1”) sont quasi systématiquement des chônan. On attache ainsi une certaine importance à les distinguer du reste de la fratrie.

Car l’aîné, comme c’était le cas autrefois en France a normalement le devoir d’être le “successeur” du père. Il est donc censé reprendre son activité lorsque ce dernier prendra sa retraite et de devenir le nouveau “chef de la famille”. Et aussi de s’occuper de ses parents jusqu’à leur mort, c’est à lui d’ailleurs de gérer l’enterrement. Bon ça, c’est ce qui se passe en théorie et ce schéma tend à disparaître. Qu’est ce qui a changé aujourd’hui ?

Regardez comme je suis un bon chônan avec mopn petit frère ! ^^
Regardez comme je suis un bon chônan avec mon petit frère ! ^^

Chônan dakara : puisque c’est l’aîné…

Avec l’exode rurale où beaucoup de japonais ont laissé derrière eux leur “village natal” (furusato 故郷), il est devenu de plus en plus rare de vivre avec ses parents. L’aîné a donc un rôle un peu moins “contraignant” qu’autrefois. Si on se réfère au code civil, il n’a en théorie pas plus de droits de succession que ses frères et sœurs. Il y a ainsi aujourd’hui une volonté de rendre les frères et soeurs égaux.

Cependant, cette image “d’héritier légitime” pour le chônan est encore très forte aujourd’hui et la pratique de tout lui léguer demeure. C’est une tradition qui perdure et qui a du mal à disparaître et il existe une raison toute simple : comme c’est encore souvent l’enfant qui est le plus “chouchouté”, c’est en général celui qui a le plus de mal à devenir indépendant et se caser. Il reste alors naturellement chez ses parents. Ce raisonnement peut paraître très simpliste mais il décrit bien une tendance où beaucoup de femmes japonaises attachent une importance à savoir si leur compagnon est l’aîné ou non.

Un sondage réalisé à ce propos sur internet en août 2016 montre que 37% des femmes interrogées (22 à 34 ans) disent vouloir éviter de se marier avec un chônan. Alors oui, cela signifie que 63% n’y font pas attention mais ça montre tout de même qu’on lui accorde une place spéciale encore aujourd’hui. On finit avec un proverbe assez parlant : sôryô no jinroku (総領の甚六) littéralement “l’aîné bon à rien”. Il sous entend que l’aîné qui a une place de privilégié n’est pas amené à faire beaucoup d’effort et demeure un incapable/ignare.

Source : ja.wikipedia (généralités sur l’aîné), woman.mynavi (sondage)

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