Unmei (運命) : le destin, une puissance qui nous dépasse ?

Et voici un sujet aussi vaste que complexe : le destin. Il existe deux noms communs assez similaires en japonais, unmei (運命) et shukumei (宿命). C’est le premier qui a été choisi ici car il est plus souvent employé. Que désigne réellement ce mot et comment est-il employé au Japon ?

Composition et analyse du mot unmei

運命 est composé du kanji 運 qui signifie ici “sort/chance” correspondant à tout ce qui se produit (heureux ou non) sans dépendre de la volonté humaine. On peut également l’interpréter dans le sens de “porter/transporter” (hakobu 運ぶ = porter). 命 quant à lui signifie “vie” qui est en fait le résultat d’un “ordre divin” (命ずる meizuru = donner l’ordre de). Car selon divers croyances, ce sont les dieux qui ordonnent la vie. Ainsi, unmei s’interprète en général de deux façons. Soit “la vie que l’on transporte” (運ぶ命 hakobu inochi) indiquant que l’homme à un pouvoir dessus. Soit “le sort ordonné par les dieux” penchant davantage pour la thèse où l’homme n’y peut rien.

Voici la définition que donne la plupart des dictionnaires japonais “Une force/puissance dépassant l’entendement humain qui donne le bonheur ou malheur“. On retrouve ainsi le mot chikara (力 force/puissance) ce qui n’a pas forcément une connotation divine mais qui semble tout de même inatteignable. Donc à priori, les dictionnaires penchent plutôt pour l’interprétation numéro deux.

Cela dit, certains auteurs japonais comme Ehara Hiroyuki  précisent qu’il faut le distinguer de 宿命 (shukumei). Il donne ainsi l’exemple d’une rencontre qui en elle même représenterait le shukumei car elle relèverait du pur hasard. C’est ce qu’on fait d’elle qui serait le unmei et qui dépendrait des efforts de chaque protagoniste.

le fameux fil rouge du destin 🙂

Usage du mot unmei au Japon aujourd’hui

Toujours selon le même auteur, l’expression unmei no akai ito (運命の赤い糸) , littéralement “le fil rouge du destin” désignerait un lien que les humains choisissent eux même de tisser entre eux. On utilise surtout cette formule dans le cadre d’un couple, le fil invisible reliant les deux âmes sœurs. Elle serait d’origine chinoise et c’est une croyance très répandue en Asie de l’est.

Hiroyuki n’est donc pas vraiment d’accord avec l’emploi du mot destin dans la phrase ” unmei no hito datta noni (運命の人だったのに). C’est à dire “c’était pourtant la personne qui m’était destinée”. Il trouve qu’on l’utilise au Japon beaucoup trop de manière fataliste pour désigner quelque chose d’écrit à l’avance. Alors qu’en réalité, on pourrait influer dessus. Il suffirait en effet de bons ciseaux pour couper ce satané fil rouge et le tour est joué ! 😀

Par ailleurs, il peut arriver que l’on lise 運命 avec la prononciation sadame. Comme celle-ci est inhabituelle, on la considère comme un faisant partie des 当た字 (ateji). Normalement pour sadame, c’est l’écriture 定め qui domine. Comme le kanji 定 l’indique, il s’agit de quelque chose de “fixé/établi”, d’où le fait qu’on le rapproche davantage de shukumei. Ainsi, lire 運命 avec la prononciation sadame indique qu’on l’interprète avec le sens de “destinée que l’on ne peut contrôler”. Cette lecture spéciale se retrouve surtout dans les chansons, qu’elles soient récentes (dessins animés, Jpop…) ou plus traditionnelles (演歌 enka).

Sources : ja.wikipedia (généralités), blog.livedoor (à propos de Ehara Hiroyuki), News.nicovideo (à propos de sadame)