Yatsu (やつ/奴) : ce sale type a un truc

Il arrive fréquemment à l’oral qu’on ne trouve pas ses mots et comme on ne souhaite pas faire attendre indéfiniment son interlocuteur, on est contraint à un moment donné par dire “truc/machin/bidule” et autres joyeusetés. Enfin vous connaissez l’adage : “quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup que ça pose problème…” (Hortefeux).
En japonais, mon fils utilise en particulier yatsu (やつ) lorsque les mots lui manquent. En quoi celui-ci est-il particulier et piégeux ?

Origine du mot yatsu et évolution récente

Selon le Nihon Kokugo Daijiten, le mot yatsu viendrait de yatsuko (やつこ) datant du VIIIe siècle dont le sens premier était “individu d’un faible statut servant d’autres personnes” (esclave). Pas très glorieux donc, c’est pourquoi on lui a associé le kanji 奴 renvoyant au servant/esclave. Ainsi vers le Xe siècle lorsque yatsu commence à être employé, on perd le sens “esclave” mais on garde une connotation négative. Il s’agit du sale type qu’on méprise, de l’individu abject. なんてやつだ ! (nante yatsu da !) : quel sale type/c’est quoi ce type ! Toutefois très vite, notre mot du jour a commencé à faire aussi référence aux personnes avec lesquelles on possède une certaine familiarité. いいやつだ (ii yatsu da) : c’est un type bien.

Je nuance quand même en précisant que ça concerne presque toujours quelqu’un d’un rang inférieur au sien (professeur envers son élève par exemple). On parle d’un mot très familier (voire vulgaire) qui est assez proche de “type” sur ce point. Vers le début du XIXe siècle, pour une raison qui m’échappe un peu, yatsu a commencé à être employé pour désigner les objets. Pour faire simple, c’est le mot 物 (mono “chose/objet”) en plus familier (truc/bidule). これと同じやつ/物が欲しい (kore to onaji yatsu/mono ga hoshii) : je voudrais la même chose que ça. そのやつでいい (sono yatsu de ii) : ce truc ira bien.

Je conclus avec des variantes de yatsu qui sont aussi très employées : こいつ (koitsu), そいつ (soitsu) et あいつ (aitsu). Tout comme avec この (kono), その (sono) et あの (ano), la nuance réside principalement dans la distance entre les différents protagonistes. C’est à dire ko = proche du locuteur, so = proche de l’interlocuteur et a = éloigné des deux. Autrement, ces variantes s’emploient aussi bien pour des objets que pour des personnes. Ce qui peut donner des énoncés du type (sans jeu de mot) “あいつはいいやつだ” (aitsu ha ii yatsu da) : lui (“le type loin de nous”), c’est un type bien.

Autres sources : dictionnaire électronique (phrases d’exemple), fleapedia (différences entre aitsu/soitsu/koitsu)

4 réponses

  1. Tiens ça me donnerait bien envie de savoir si les schtroumpfs ont été traduits en japonais et si oui par quel “mot” le terme schtroumpf a été rendu 😉
    En tout cas, このサイトは面白いやつがいっぱい!(Ce site est plein de trucs intéressants, au cas où mon japonais serait tellement mauvais que personne ne comprendrait :P)

    1. Concernant ta phrase en japonais, elle me semble parfaitement correcte et naturelle ^^. En tout cas sur google, la locution “面白いやつがいっぱい” donne pas mal de résultats.
      Sinon au Japon, ils ont opté pour la facilité en se basant sur l’anglais Smurf, ce qui donne スマーフ (sumâfu) en japonais : https://ja.wikipedia.org/wiki/%E3%82%B9%E3%83%9E%E3%83%BC%E3%83%95
      Il existe cela dit la variante シュトロンフ (shutoronfu), j’aurais mis un ル (ru) à la place du ロ (ro) personnellement. ^^

    1. Oui, le pluriel 奴ら/奴等/やつら est possible.
      Sinon oui je n’y avais pas pensé pour le masculin” type”, c’est vrai qu’en japonais, yatsu peut aussi bien désigner une femme.
      Je n’ai vu nulle part dans les dictionnaires une indication du style “plutôt masculin”.
      Après vu que c’est plutôt considéré comme vulgaire, on retrouvera probablement plus souvent ce terme dans la bouche d’un homme japonais.

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