Lorsqu’en regardant un livre d’images pour enfants j’ai indiqué à mon fils que le poisson à moustache s’appelait poisson-chat, il m’a regardé d’un air dubitatif au début pour s’assurer que je ne me moquais pas de lui (oui, je suis assez farceur…) puis il a très rapidement assimilé ce mot. C’est que cette ressemblance avec le chat fait donc sens, on l’appelle d’ailleurs avec la même logique catfish en anglais et pesce gatto en italien.

Il semble que les japonais n’aient pas été inspirés de la même façon puisqu’on appelle cette variété de poisson le 鯰 (namazu). Pourquoi donc ?

Étymologie du mot namazu et croyances populaires

Le kanji de 鯰 serait une invention japonaise puisque à l’origine, on désignait le poisson-chat par 鮎. On trouve ainsi la clé du poisson 魚 à gauche et la partie à droite 念 aurait pour sens ici ねばる (nebaru), c’est à dire “qui est visqueux/gluant”. Pour l’anecdote, on utilise aussi aujourd’hui le kanji 鯰 en Chine avec le même sens (alors que 鮎 désigne le saumon/la truite) . Tout ça pour dire que bien que les kanjis aient été importés de Chine vers le Japon, il est aussi parfois arrivé que des idées japonaises soient reprises. Concernant le mot namazu maintenant, le nama aurait la même origine que namekuji (limace) avec donc le sens de “glissant/gluant“. Le suffixe zu enfin se rapporterait à la boue car on trouve ce poisson même dans des eaux peu claires.

Un namazu assez courant au Japon. Sa tête est sympa mais pourtant… ^^

Alors un petit point scientifique quand même : au Japon, on trouve plus souvent des silures que des poissons-chats. La différence entre les deux poissons n’est pas flagrante à première vue mais les silures sont en général plus gros (jusqu’à deux mètres cinquante). C’est un point important car c’est vraiment sa grande taille qui a influencé une croyance populaire. Celle qui veut que les namazu gigantesques provoqueraient des 地震 (jishin “séisme”). Cette croyance datant du 16ème siècle est tellement devenue vivace que namazu a aussi le sens de “tremblement de terre”.

Bien qu’actuellement ce mythe ne soit plus relayé, il existe encore des croyances sur le fait que notre silure aurait des pouvoirs de prédiction. Il se trouverait en réalité que tous les poissons sont plus ou moins sensibles aux sons et tremblements. Cela ne concerne donc pas que les namazu et de plus, on a encore jamais eu de résultats probants. Il faut déjà définir ce qu’est une “activité anormale” (qui serait le signe annonciateur d’un séisme), ce qui est toujours assez flou.

Sources : Gogen-allguide (étymologie), News.Yahoo.co.jp (à propos des études récentes)

Guilhem Walter

Rédacteur du site kotoba.fr, je vis au Japon depuis juillet 2012 et je m’intéresse de près à la langue japonaise et la culture dont elle fait partie.