Le japonais dans tous les sens

Les kanji (漢字)

Les kanji (漢字) sont des caractères chinois adoptés en japonais qui font partie des trois systèmes d’écriture utilisés dans la langue moderne, en plus des hiragana et katakana. Il faudra que vous arriviez à en reconnaître environ 2000 si vous voulez être à l’aise lors de la lecture d’un texte relevant de la vie quotidienne. C’est-à-dire une brochure, un article de journal, une affiche publicitaire… 

Je vous rassure sur un point : il est beaucoup plus rapide de les retenir visuellement que de savoir les tracer. Cela dit, même si l’ordinateur ou le smartphone facilitent bien la vie, connaître les généralités sur l’ordre des traits vous sera certainement utile. C’est pourquoi à l’introduction de chaque nouveau kanji dans les leçons, je vous indiquerai comment on s’y prend.

Nous allons voir sans plus attendre leur rôle dans la phrase japonaise puis j’expliquerai brièvement ce qu’on entend par “lecture kun” et “lecture on“. Enfin, nous verrons si bien connaître la signification de chaque kanji peut aider à trouver le sens d’un mot inconnu.

Le rôle des kanji dans la phrase japonaise

Je pense que c’est un bon résumé que de dire que les kanji permettent de véhiculer le sens principal de la phrase japonaise. D’ailleurs, lorsqu’on donne des techniques pour lire le japonais le plus rapidement possible, le conseil qui revient le plus souvent est “ne lire que les kanji“. Ce sont vraiment eux qui contiennent incontestablement le plus d’informations par caractère, donc savoir les identifier est essentiel.

Ainsi, la plupart des noms communs (lorsqu’il ne s’agit pas d’emprunts de l’Occident) sont écrits en kanji. Il y a parmi eux une grosse majorité de termes composés empruntés au chinois (kango 漢語) mais aussi des mots d’origine japonaise (wago 和語) auxquels on a assigné un kanji. Rappelons qu’à l’origine, les kanji ont été importés de Chine au Japon. Quelques petits exemples :

  • wago  : (yama “montagne”),  (kawa “rivière”).
  • kango : 成功 (seikô “succès”), 旅行 (ryokô “voyage”).

En plus des noms communs, le radical des verbes et adjectifs verbaux est généralement composé de kanji. Par exemple le verbe 食べる (taberu “manger”) ou encore l’adjectif verbal 優しい (yasashii “gentil”). Pour finir, les noms de personnes et de lieux japonais se trouvent également en kanji. Exemple : 東京 (tôkyô pour Tokyo) et 山田 (nom de famille Yamada).

Lectures kun () et lectures on ()

En japonais, les kanji ont la particularité d’avoir pour la plupart plusieurs lectures (ou prononciations) différentes. C’est pourquoi lorsque vous tombez sur un mot inconnu composé de plusieurs kanji, deviner sa prononciation est assez ardu même pour les Japonais. On pourrait penser qu’une prononciation donnée est rattachée à un sens précis mais dans les faits, c’est rarement le cas. Donc même si vous apprenez par coeur toutes les prononciations possibles d’un kanji, l’usage d’un dictionnaire vous sera indispensable si on ne vous donne aucune indication écrite comme des furigana (kana placés en petit à côté d’un mot et qui indiquent sa lecture).

Ceci étant dit, on classe de nos jours les lectures des kanji en deux catégories : les lectures on () aussi appelées “lectures sino-japonaises” et les lectures kun () dites “lectures sémantiques“. En plus d’avoir une raison historique (lectures on dérivées des lectures chinoises et lectures kun correspondant à une traduction du sens du kanji en japonais), cette classification permet de mieux anticiper la lecture des mots. Typiquement, lorsque vous tombez sur un terme composé de plusieurs kanji, il y a statistiquement beaucoup plus de chances pour qu’on le lise avec des lectures on. À l’inverse, un kanji employé seul est le plus souvent lu avec une lecture kun.

Par exemple, (vie/naissance) possède deux lectures on qui sont sei et shô ainsi qu’une multitude de lectures kun. Si vous tombez sur un mot inconnu comme 学生, 生活 ou encore 一生, vous allez par défaut choisir entre sei et shô vu qu’il s’agit de composés de plusieurs kanji. Pour info, ils se lisent dans l’ordre gakuseiseikatsu et isshô. 生意気 se lit par contre namaiki (lecture kun) et il ne faut donc pas conclure trop vite que plusieurs kanji = lectures on.

Deviner le sens du mot à partir des kanji ?

Puisque chaque kanji possède une valeur sémantique en plus d’une valeur phonétique comme on vient de voir, il serait tentant de penser que bien connaître la signification de chaque kanji permet de déduire le sens global d’un mot composé de plusieurs kanji. J’ai envie de répondre à cela “oui et non”, mais ma réponse se rapprocherait davantage d’un “non”.

Pourquoi non ? Eh bien d’une part, la plupart des kanji sont polysémiques (plusieurs sens acceptés). Si vous tombez sur un mot inconnu, il est donc difficile de savoir quelle interprétation choisir sans indication contextuelle suffisamment précise. D’autant plus que l’ordre des kanji a aussi une incidence. Par exemple, 外国 (gaikoku “extérieur-pays”) signifie “pays étranger” alors que 国外 (kokugai “pays-extérieur”) veut dire “en dehors du territoire d’un pays”. Dans ce cas précis, il faut avoir des notions sur l’ordre des caractères en japonais pour bien faire la différence.

D’autre part, il existe beaucoup de mots où l’analyse des kanji n’aide pas vraiment à trouver leur sens actuel. En effet, le japonais est une langue vivante et le sens des mots évolue en conséquence. Par exemple, 湯船 (yubune) désignait un “bateau à eau chaude” au 17ᵉ siècle pour évoluer vers le sens de “baignoire” par la suite. Certains mots ont aussi été raccourcis avec le temps comme 新聞 (shinbun) littéralement “nouvellement () entendu ()” qui signifie “journal”. À l’origine, on employait plutôt 新聞紙 (où = papier), terme qui signifie aujourd’hui “papier journal”. Oui, c’est compliqué ! :S

Bien sûr, tout ceci ne vous dispensera pas d’apprendre l’idée principale véhiculée par chaque kanji. Car lorsque vous tomberez sur un homophone (qui sont nombreux en japonais), vous ne pourrez pas faire le bon choix de kanji si vous ne leur attachez aucune valeur sémantique. Par exemple, le mot kôen s’écrit 公園 “public-jardin” lorsqu’il s’agit d’un parc, 講演 “cours magistral-représentation” pour la conférence ou encore 公演 “public-représentation” lorsqu’il renvoie à une représentation (théâtrale, etc.) publique.

Quelques notions sur les catégories de kanji en fonction de leur mode de formation

Il ne vous aura pas échappé que j’aime aborder la formation des kanji sur Kotoba. Ceux-ci peuvent être classés en 4 grandes catégories selon la manière dont ils ont été formés :

  • 象形文字(shôkei moji) : ce sont les caractères qui correspondent le plus à la définition de “pictogramme“, c’est-à-dire qu’ils ont été dessinés à partir de la forme physique d’un objet de façon schématique.
    Exemples typiques : 日 (soleil), 山 (montagne), 木 (arbre)…
  • 指事文字 (shiji moji) : il s’agit de signes symboliques utilisés pour représenter des notions abstraites difficiles à dessiner. On les traduit en français par la terminologie “idéogrammes simples”.
    Exemples typiques : 上 (haut), 下 (bas), 三 (trois)…
  • 会意文字 (kaii moji) : ce sont des caractères créés en combinant deux ou plusieurs caractères existants pour évoquer une idée nouvelle ou composée. Chaque élément constituant le kanji apporte du sens. Ce sont des “idéogrammes composés”.
    Exemples typiques : 「林(木 arbre+木 arbre) = forêt」, 「休(人 individu+木 arbre)= repos」…
  • 形成文字 (keisei moji) : avec ce type de kanji, on a une partie qui donne une indication de sens (clé sémantique) et une autre qui est une suggestion de prononciation (phonétique). Par conséquent, ce sont des idéophonogrammes. Dans les faits, plus de 60% des kanji usuels sont dans cette catégorie.
    Exemples typiques : 「海 “mer”(氵‑eau + 毎 prononciation kai)」, 「花 “fleur”(艸‑plante + 化 prononciation ka)」…

Dans la classification la plus ancienne nommée 六書 (rikusho), il y a deux autres catégories : 転注文字 (tenchû moji) et 仮借文字 (kashaku moji). Ceci dit, elles sont davantage sujet à débat et les dictionnaires étymologiques de kanji en font rarement référence aujourd’hui. 

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