Le japonais dans tous les sens

Dan dan (だんだん) : graduellement, c’est forcément lentement ?

Nous sommes en plein mois d’août et il fait de plus en plus chaud dans le sud de la France. Et pour traduire ce côté graduel, on peut recourir en japonais à l’adverbe だんだん (dan dan). Mais à quoi renvoie ce mot étymologiquement parlant ? En quoi diffère-t-il de どんどん ? Peut-on le considérer comme une onomatopée ? C’est à toutes ces questions auxquelles je vais tenter de répondre aujourd’hui !

Étymologie du mot dan dan

Si vous recherchez dan dan dans un dictionnaire japonais, on vous proposera en général au moins deux entrées. C’est-à-dire 団団/団々 et 段段/段々. La première n’a rien à voir avec notre adverbe du jour puisqu’elle renvoie à une “forme ronde”. Je précise qu’elle n’est quasiment plus employée aujourd’hui. C’est donc la seconde qui va nous intéresser ici et vous avez probablement reconnu le second kanji de 階段 (kaidan “escalier”).

Il se trouve qu’à l’origine, 段段 désignait des marches successives comme celles que l’on a dans un escalier. Encore aujourd’hui, l’expression 石の段々 (ishi no dandan) signifie “un ensemble de marches en pierre”. En dehors des escaliers, cela peut faire référence aux terrains aménagés en terrasses. 段々畑 (dandanbatake) désigne ainsi les cultures en terrasses. Le dictionnaire comparatif Ruigo Reikai Jiten précise que ce 段々 (avec le sens “escalier”) constitue une expression familière qu’on emploie notamment avec les enfants.

Venons-en à la forme adverbiale. Selon le Nihon kokugo daijiten, celle-ci est apparue assez rapidement étant donné qu’elle figurait déjà dans le Nippo jisho (dictionnaire japonais-portugais de 1603). On comprend rapidement l’analogie : les marches d’escalier sont associées à des étapes successives, d’où la signification “graduellement/peu à peu/petit à petit“. 足音がだんだん近づいてくる (ashioto ga dan dan chikazuite kuru) : “Le bruit des pas se rapproche de plus en plus”.

Notez au passage qu’on l’emploie presque tout le temps en hiragana aujourd’hui et qu’il ne nécessite pas de particule (même si on peut l’utiliser avec と ou に).

だんだん et どんどん : quelles différences ?

だんだん (dan dan) et どんどん (don don) ont pour caractéristique de se ressembler à la fois phonétiquement et sémantiquement quand ils sont employés en tant qu’adverbe. Enfin, uniquement dans les situations dans lesquelles il y a une progression puisque don don désigne aussi un “tapage régulier” à l’instar du tambour. Il est donc considéré comme une onomatopée (擬音語 giongo).

Prenons une situation dans laquelle les deux adverbes peuvent être utilisés : 病人はどんどん/だんだん良くなっている。 (byônin ga don don/dan dan yoku natte iru.) : “Le malade va de mieux en mieux”. La nuance ici est que c’est relativement plus rapide avec don don. D’ailleurs, il peut aussi prendre le sens de “sans hésiter/librement” dans une proposition telle que どんどん食べてください (don don tabete kudasai) : “servez-vous librement !”. Dans cette dernière situation, placer dan dan sonnerait faux.

Maintenant, est-ce que notre dan dan traduit forcément une certaine lenteur ? C’est ce que suggère en tout cas cet article avec une planche de manga dans laquelle il y a la phrase “うん、どんどんやろう (un, don don yarô).”. Traduction : “oui, avançons rapidement dessus” (à propos d’une tâche). Problème : l’interlocuteur a cru que c’était dan dan et a pris tout son temps.

Cet exemple est en réalité très caricatural : si le locuteur avait vraiment voulu insister sur la lenteur, il aurait utilisé ゆっくり (yukkuri) ou encore 徐々に (jojo ni). Bref, tout est relatif encore une fois ! 😉

Dan dan est-il une onomatopée ?

Cette question m’intéresse en ce moment, car je viens tout juste de rédiger des pages sur les différentes catégories sémantiques d’onomatopées élaborées par le chercheur Kindaichi (1978) que vous trouverez dans le glossaire de Kotoba. Et il y a une question que je me suis posée durant la rédaction : “comment on fait au final pour déterminer si un mot est une onomatopée ou non ?”. D’autant plus qu’en japonais, l’acception du mot オノマトペ (onomatope) est bien plus large puisqu’elle intègre les mots mimétiques qui suggèrent un état (catégorie des 擬態語 gitaigo) et pas forcément un son.

J’imagine qu’il existe plusieurs critères : forme phonétique typique (répétition d’un même phonème par exemple), flexibilité à l’usage (emploi en tant qu’adverbe, avec le verbe suru…)… Mais celui de l’étymologie me semble importer beaucoup : si don don est considéré unanimement comme une onomatopée, c’est parce qu’il imite directement une perception (bruit du tambour) à l’origine.

Pour dan dan, on sait qu’il désignait des marches d’escalier au départ et le kanji 段 est assez transparent. Certaines ressources le classent tout de même en tant que gitaigo de par sa forme (répétition du dan). Je sais que c’est une question un peu triviale, mais c’est important de se la poser. Non ? ٩(͡๏̯͡๏)۶

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