Imaginez que quelqu’un vous propose une sortie mais que vous n’avez pas franchement envie d’y aller ou que vous avez mieux à faire ce jour là. Afin de ne pas blesser la personne, vous n’allez pas toujours lui dire franco “désolé ça ne m’intéresse pas/non c’est naze en fait”. Par contre la ruse “j’ai un empêchement/je suis déjà pris” fonctionne généralement bien.

En japonais, il existe le même procédé avec 都合 (tsugô). On va voir qu’il est indispensable de connaître ce terme passe-partout.

Analyse du mot tsugô et contextes d’usage

都合 est je pense très difficile à appréhender même lorsqu’on connaît à peu près bien les kanjis. En effet, on apprend en général 都 (tsu/to/miyako) avec le sens de “capital” avec pour exemple 京都 (Kyôto). Sauf qu’ici, il faut l’interpréter avec le sens de “tout” (全て subete) qui dérive d’ailleurs de la capitale (“lieu qui gouverne tout”). Et comme 合 signifie “correspondre/convenir”, le sens originel de tsugô est “faire tout correspondre”. Autrement dit “faire le total” (合計する gôkei suru) et c’est encore le cas de nos jours encore même si c’est assez rare. 都合100人になる (tsugô hyakunin ni naru) “on est 100 personnes au total“.

C’est en tout cas à partir de ce sens “au total/en tout” qu’on serait ensuite arrivé à “s’arranger pour”. C’est à dire le processus pour arriver à un chiffre rond ou des conditions acceptables pour tout le monde. L’expression 都合する/をつける (tsugô suru/wo tsukeru) signifie ainsi largement “s’arranger/se débrouiller pour“. なんとか都合して会に出席する (nan to ka tsugô shite kai ni shusseki suru) : “je vais m’arranger pour assister à la réunion”. On arrive enfin au sens le plus récent qui est le plus courant aujourd’hui, “convenance/disposition“. 明日は都合が良い/悪い (ashita ha tsugô ga ii/warui) : demain, cela me convient (“mes convenances sont bonnes”)/j’ai un empêchement (“mes convenances sont mauvaises”).

Regarde en plus, il y a des nuages. Impossible de sortir ensemble, vraiment !

Alors dans les faits, lorsqu’on emploie tsugô pour parler de ses convenances, j’ai l’impression que c’est quand même le plus souvent pour décliner une invitation. Ce qui me fait penser à ça, c’est tout d’abord parce que lorsqu’on commence une phrase par 都合があって/により (tsugô ga atte/ni yori), on sait tout de suite que c’est pour donner un refus alors qu’il n’y a pas de négations. Un peu comme le français “pour certaines raisons…“. Vu que c’est flou, c’est extrêmement pratique dans la vie quotidienne. ^^
De plus, lorsqu’on est vraiment libre, il existe plein d’autres tournures comme “je suis libre (暇です hima desu)” ou “je n’ai rien de prévu” (予定は入っていません yotei ha haitteimasen).

Sources : gogen-allguide (étymologie et évolution), kotobank (dictionnaires japonais)

Guilhem Walter

Rédacteur du site kotoba.fr, je vis au Japon depuis juillet 2012 et je m’intéresse de près à la langue japonaise et la culture dont elle fait partie.