かなり (kanari) VS 結構 (kekkô) : “assez” ou carrément “beaucoup” ?

“Assez, plutôt, sensiblement, pas mal, passablement…”. Je n’ai pas été cherché très loin cette liste puisque c’est celle que l’on trouve dans le Petit Royal japonais-français pour les entrées かなり (kanari) et 結構 (kekkô). Cela ne nous avance pas vraiment pour différencier ces deux adverbes qui ont pour moins commun d’indiquer un degré relativement élevé. Existerait-il une différence de degré entre les eux ? Est-ce  simplement une question de registre ? Vous saurez tout en lisant la suite de cet article !

かなり(kanari) : nettement au-dessus de la normale

かなり (kanari) ne possède pas qu’un emploi adverbial, mais on va se concentrer sur celui-ci si vous le voulez bien (vous pouvez pas refuser en même temps…). Le Kôjien le décrit comme “un degré qui n’est pas extrême, mais qui dépasse la moyenne“. Le Meikyo parle pour sa part d’un degré “plus important qu’on l’aurait cru“. Enfin, le Daijisen fait un mix des deux. Conclusion : c’est plus que ce que l’on pensait, donc ça dépasse la moyenne. CQFD

  • この問題はかなり難しい。(Kono mondai ha kanari muzukashii.)
    “Ce problème est assez difficile.”

  • 今日はかなり寒い。(kyô ha kanari samui.)
    “Il fait vraiment froid aujourd’hui.”

  • 駅からかなり離れている。(eki kara kanari hararete iru.)
    “C’est assez loin de la gare.”

Dans tous ces exemples, notre kanari positionne quelque chose d’assez haut sur une échelle : difficulté, température, distance… Il répond surtout à la question “à quel point ?” avec une certaine objectivité. Retenez toutefois qu’on reste sur un terme du quotidien et qu’on peut difficilement imaginer son emploi dans un texte formel.

Toujours est-il qu’à titre personnel, j’ai vraiment du mal à le traduire par “plutôt” qui me semble trop tiède par rapport à kanari. Mais c’est peut-être simplement une question de sensibilité ! (´ω`*)

結構 (kekkô) : plus important que prévu, degré élevé

J’ai précisé précédemment que かなり s’employait autrement que comme adverbe, mais c’est bien pire pour 結構 (kekkô) qui est bien plus vaste en termes de sens. Je vous laisse découvrir ça dans l’article consacré, ne nous détournons pas du cap imposé. ( ̄ω ̄)

Déjà, je dois vous informer que le Meikyo se fout un peu de nous puisqu’il parle de “かなりの程度 (kanari no teido)“, c’est-à-dire un “degré kanari” pour décrire l’emploi adverbial de kekkô. Il ajoute quand même 予想した以上 (yosô shita ijô) “plus que prévu“, ce qui ressemble fort à ce qu’on a déjà vu. Le Kôjien est par contre beaucoup plus tiède puisqu’il donne comme définitions “何とか。まあまあ。”(nan toka. Maa maa.).” Ce qui s’apparente à une sorte de “plutôt/couci-couça”.

Et le Daijisen, un mix des deux ? Une toute autre perception ? On va dire qu’il est plus proche du Meikyo puisqu’il indique “qui n’est pas parfait, mais qui est tout à fait suffisant“. Bon, on va s’en contenter pour le moment, passons à quelques phrases d’exemple :

  • このカフェ、結構おいしいね。(Kono kafe, kekkô oishii ne).
    “Ce restaurant, il est pas mal du tout !”

  • あれは結構面白かった。(Are ha kekkô omoshirokatta).
    “C’était assez sympa”.
  • あら、結構高いな。(ara, kekkô takai na.)
    “Ouah, c’est assez cher !”

En fait, on est davantage sur un jugement personnel avec kekkô, c’est pourquoi j’aime bien la traduction “pas mal du tout” qui traduit bien cette idée. Zut, j’en ai trop dit, mais c’est pas grave : regardons plus en détail les différences entre kekkô et kanari.

Les différences entre かなり et 結構

J’aurais pu comme d’habitude tenter de montrer des cas limites, mais c’est en fait assez peu pertinent avec ces deux adverbes. Je vais plutôt les comparer en fonction de plusieurs critères.

Le Degré ? Mouais…

Si on en croit ce petit article, kanari et kekkô seraient différents en termes de degré. Il donne alors deux exemples avec un livre assez cher avec un prix de 50 dollars pour kekkô et 200 dollars pour kanari.

Figurez-vous qu’il y a eu des études à ce sujet dont une de 2002 dans laquelle on a demandé à un groupe de 45 étudiantes (oui je sais, c’est peu… oO) de donner un degré pour chaque adverbe avec une note allant de 1 à 10. Il se trouve que kanari a obtenu 8,04 en moyenne contre 7,07 pour とても (totemo “très/beaucoup”) qui est pourtant classé plus haut dans les dictionnaires. Avant de lire cette étude, je me faisais justement la réflexion que ce totemo était un peu surcoté. (◔_◔)

Kekkô n’apparaît malheureusement pas dans cette étude, mais il en existe une autre de 1996 où nos deux compères sont bien présents. On a demandé à 88 personnes âgées de 10 à 89 ans ce qu’ils considéraient comme un 結構いい点 (kekkô ii ten) et un かなりいい点 (kanari ii ten). C’est-à-dire une “assez bonne note“. En moyenne, kekkô a obtenu 81,1 contre 84,3 pour kanari.

Bref, c’est pas vraiment significatif et il est possible surtout que cela ait évolué en 30 ans. En tout cas, on est loin d’une différence 50/200. (。_。)

Le registre ? Un peu…

On trouve un article de 2023 sur le Ninjal réalisé par un doctorant (Higure Yasuharu) dans lequel celui-ci compare deux corpus de japonais parlé : le corpus composé de monologues (présentations notamment) et celui de conversations quotidiennes spontanées.

Concernant les conversations quotidiennes, la différence est assez marquée : on a 92,34 occurrences pour 100 000 mots avec kekkô contre seulement 5,3 pour kanari. À l’inverse, pour les monologues, kanari obtient 28,05 contre 7,61 pour kekkô. Et on parle bien d’emploi adverbial ici, pas de triche !

On peut donc en déduire que dans un monologue structuré avec le besoin de comparer sur une échelle “objective”, kanari semble plus adéquat. Par contre, spontanément, c’est kekkô qui sort plus facilement dans une conversation quotidienne sans réel enjeu.

Par contre, il ne faut pas en déduire que kanari appartient au registre soutenu : il reste assez familier par rapport à 非常に (hijô ni “très/extrêmement) ou 大変 (taihen “très/beaucoup”).

La connotation ? Probablement, mais…

Vous voulez une autre étude ? En voici une de 2015 qui mentionne une étude de 2009 réalisée par Kobayashi Reiko que je n’ai pas pu retrouver (:S). Ce qui nous intéresse ici, c’est que 200 occurrences de kekkô ont été relevées dans des romans, recueils d’entretien et conversations puis classées en fonction de leur connotation. Résultat : seules 7 occurrences sont associées à une évaluation négative.

Quand on y pense, c’est plutôt logique puisque kekkô induit aussi l’idée “mieux que prévu”. Ma femme japonaise me l’a d’ailleurs fait remarquer de façon spontanée en me disant “avec kekkô, on indique souvent qu’on est agréablement surpris“. En ce qui concerne kanari, c’est vrai qu’il n’y a pas cette dimension “appréciation positive”.

Il ne faut pas en conclure qu’on ne peut pas dire par exemple 結構つまらなかった (kekkô tsumaranakatta) “c’était assez chiant”. Faites le test avec une recherche Google : vous obtiendrez des dizaines de pages de résultats. Donc j’ai l’impression que pour une déception, cela fonctionne aussi. Pas facile d’avoir le fin mot de l’histoire ici !

Une différence de perception ? Sans doute !

Si on devait pointer une différence entre kanari et kekkô, je pense que ça serait plutôt au niveau de la perception. Je m’explique : avec le premier, on a davantage en tête l’idée d’une échelle avec différents degrés. Observez cette phrase :

  • 車は自転車よりかなり高い。 (Kuruma ha jitensha yori kanari takai.)
    “Les voitures sont bien plus chères que les vélos”.

Cette structure AはB より (“A plus que B”) est beaucoup plus courante avec kanari. C’est pas impossible pour autant avec kekkô, mais on sent qu’il est moins compatible avec la comparaison explicite. Surtout quand c’est du présent de vérité générale sans jugement derrière.

Car à l’inverse, kekkô est plus à l’aise lorsqu’il s’agit d’exprimer une opinion/évaluation.

  • あの人、結構詳しいよ。(Ano hito, kekkô kuwashii yo.)
    “Il s’y connait pas mal, tu sais.”(Lit. “Cette personne, elle s’y connait bien.”)
  • このゲーム、結構難しい。 (Kono gêmu, kekkô muzukashii.)
    “Il est quand même assez difficile ce jeu/Il est plutôt difficile ce jeu mine de rien.”

J’ai volontairement proposé des traductions plus libres pour forcer le trait, mais c’est pour que vous compreniez qu’on sent davantage le point de vue de celui qui parle avec kekkô. C’est subtil, mais je vous laisse avec ça : cet article est déjà beaucoup trop long ! ヽ(;▽;)ノ

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