Le japonais dans tous les sens

Igai (貽貝) : la moule, faut-il en avoir ?

Après une pause prolongée sur Kotoba où pour rappel je suis censé vous présenter chaque jour ouvré un mot de vocabulaire japonais, me voici donc de retour avec un mot lié à mes vacances passées en Bretagne : igai (貽貝). Il s’agit tout simplement de la moule en tant que coquillage et je vais surtout m’intéresser ici à ses spécificités japonaises.

Analyse du mot igai et consommation de la moule au Japon

貽貝 est composé du kanji 貝 correspondant au coquillage dans son sens large mais également du kanji 貽 qui lui possède une signification plus suggestive. En effet, il se rapporterait ici à l’utérus (endroit où l’embryon grandit, 胎児 taiji = fœtus). On est donc sur la même longueur d’onde puisqu’en France, la moule est plutôt associée au vagin. Par ailleurs, la prononciation i de ce kanji est irrégulière et elle aurait un rapport avec le kanji 異 “différent/anormal”. Ce qui donnerait le “coquillage différent“, lié à sa forme caractéristique en comparaison avec les bivalves “classiques” (palourde, coque…).

A propos de sa consommation maintenant, on peut déjà affirmer qu’elle est assez limitée au Japon. Ce coquillage a en effet pour mauvaise réputation de ne pas être comestible, ce qui est effectivement le cas dans une mer polluée. Par comparaison, on mange davantage de アサリ (asari, la coque) en soupe miso par exemple. Donc à moins de vraiment bien chercher, le igai ne compte pas parmi les ingrédients de la cuisine traditionnelle japonaise, 和食 (washoku). Toutefois, depuis une les années 1950 environ, on constate une hausse de sa demande. C’est en fait directement lié à l’influence de la cuisine occidentale et notamment française.

Les rares fois où j’ai mangé des moules au Japon, c’était avec des pâtes comme sur la photo de gauche.

La preuve étant la naissance du terme ムール貝 (mûrugai mûru = moule) qui désigne la variété la plus commune au Japon. Il s’agit de la moule méditerranéenne, ムラサキイガイ (murasaki igai littéralement “moule violette”). Ainsi, on emploie surtout mûrugai pour désigner la moule en tant que plat. Pour l’anecdote, comme la moule est noire, il existe aussi l’appellation カラス貝 (karasugai “coquillage corbeau”). Cependant, ce mot est assez ambigu et se rapporte surtout  à une autre famille de coquillage d’eau douce, les unionidae. Leur taille peut atteindre 30cm (voir photo de droite), ce n’est effectivement pas vraiment la même chose… 😀

Sources : zukan-bouz (étymologie du mot igai), kurashi-no.jp (à propos de karasugai), detai.chiebukuro (à propos de mûrugai)

Guilhem Walter

Guilhem Walter

C'est moi le rédacteur (actuellement unique) du blog Kotoba.

9 réponses

  1. Bonjour de la Réunion.
    j’avoue que tes articles m’ont manqué. Mais les vacances en famille c’est sacrées. Allez, j’ose te dire que tu m’as manqué, car dans tous les articles, on y retrouve leur auteur. Et j’aime bien les tiens, clairs, précis, concis avec une pointe d’humour. Et le côté décalé des sujets qui fait toute la différence avec d’autres sites bien trop sérieux.

    1. Merci pour ce commentaire qui m’a fait très plaisir, je le reconnais. ^^
      J’essaye autant que je peux d’ajouter des anecdotes/pointes d’humour car sinon, autant lire directement une encyclopédie. Après, j’aime également varier et certains sujets comme celui d’aujourd’hui ne sont pas si simples.

      J’aurais par exemple souhaité avoir plus d’infos sur l’histoire de la moule au Japon et comprendre les raisons de sa consommation tardive. J’ai pu lire par exemple qu’elle n’était pas présente autrefois au Japon et qu’elle aurait été importé par l’intermédiaire des navires occidentaux. C’est une possibilité mais ça me semble bizarre tant ce coquillage est courant. C’est marrant aussi de constater le succès de la coque ici alors qu’en France (Bretagne du moins), on la délaisse pour d’autres coquillages “plus fins”.

      Bref, j’espère d’ici septembre ajouter à chaque article un fichier audio. Cela me permettrait comme je le fais avec ce commentaire de décrire mes interrogations, recherches et d’ajouter d’autres infos. Car je suis obligé de condenser les articles en 300-400 mots, sinon c’est un peu trop long dés le matin. Donc pour ceux et celles qui voudraient aller plus loin ou simplement entendre ma voix (lol), l’audio serait là pour ça. On verra à la rentrée donc ! 😀

  2. C est aussi ici la fin des vacances et le retour … en Bretagne 🙂 Et la reprise tant attendue des articles va motiver ici la reprise du japonais. Parce que ça n’est pas facile, quand même, et que l’absence de japonais ici a mis à mal ma motivation. Bon retour au Japon !

  3. Bon retour parmi nous !
    Okaerinasai oserais-je même tant les articles de Kotoba font partie de mon quotidien. Un plaisir de découverte linguistique mais aussi culturel et historique. Un gros plus pour mieux appréhender la langue. Il n’y a pas de secret. Pour apprendre une langue il faut aussi comprendre un peu la culture des gens qui la pratique.

    Bonne rentrée si je puis dire et bon courage pour la reprise.

    Au plaisir de vous lire et d’échanger.

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