Pour cette seconde vidéo de la série Kotobaka, c’est le mot マンション (manshon) qui est à l’honneur avec une réflexion sur l’origine de sa diffusion à grande échelle au Japon. J’y aborde aussi les cas de l’attraction de Tokyo Disneyland Haunted Mansion (ホーンテッドマンション) et du jeu vidéo Luigi Mansion (ルイージマンション) qui peuvent déstabiliser. Vous pouvez visionner la vidéo ici :
Dans cet article qui fait office de complément, je vais me concentrer sur deux points :
- Les 和製英語 (wasei-eigo) qui sont relativement courants en japonais et qui ne sont pas exclusifs à cette langue (on fabrique aussi des mots sonnants anglais en français).
- L’utilisation des カタカナ (katakana) pour donner la prononciation des termes étrangers et les problèmes que cela peut poser dans certaines situations.
Les 和製英語 (wasei-eigo) : quand le japonais “fabrique” de l’anglais
Le terme wasei-eigo (和製英語) désigne les locutions japonaises dont l’étymologie est entièrement ou partiellement empruntée à l’anglais et qui sont utilisées au Japon dans un sens que l’on ne retrouve pas dans les pays anglophones. C’est ainsi le cas de マンション (manshon) puisqu’il n’y a qu’au Japon qu’il sert à désigner un immeuble d’habitation. Cela diffère donc des 外来語 (gairaigo) qui renvoient un mot japonais issu directement d’un emprunt à une langue étrangère sans que le sens soit fortement altéré. Exemples : コーヒー (kôhî qui vient de coffee), ピンク (pinku qui vient de pink…).
En réalité, comme le japonais est une langue vivante, la frontière entre gairaigo/wasei-eigo est assez fine. Il suffit en effet que le mot soit abrégé avec le temps pour qu’on obtienne un wasei-eigo. C’est notamment le cas de テレビ (terebi venant de テレビジョン terebijon) ou de アパート (apâto qui est l’abréviation de アパートメント apâtomento). On peut ainsi séparer les wasei-eigo en plusieurs catégories :
Les glissements sémantiques purs malgré une forme similaire
C’est la catégorie à laquelle appartient マンション. Un mot anglais existant est emprunté tel quel, mais dans un sens sensiblement différent. Ce qui en fait par conséquent un faux-ami. Dans cette catégorie, on trouve aussi カンニング (kanningu) qui signifie “rusé” en anglais et “tricher” en japonais. J’ai aussi cité スマート (sumâto) dans la vidéo puisque son sens “svelte” est le plus courant en japonais.
Les abréviations et troncatures
Des termes comme デパート (depâto pour department store), パソコン (pasokon pour personal computer) ou スマホ (sumaho, pour smartphone) fonctionnent comme des surnoms abrégés très courants en japonais. Bien qu’ils conservent le sens du terme d’origine, un anglophone aura quelques difficultés à les comprendre à cause de leur forme altérée.
Les mots-valises et compositions originales
Ce sont mes préférés à titre personnel : en reliant ensemble des combinaisons venant de mots anglais, on peut créer des termes assez improbables. J’avais par exemple abordé le mot マグカップ (magu kappu, de mug + cup), mais j’aime bien aussi シルバーシート (shirubâ shîto, de silver + seat) qui désigne les places réservées aux personnes âgées. On trouve aussi des combinaisons encore moins évidentes comme スキンシップ (sukinshippu, un mélange de skin et kinship). Sens : contact physique (entre proches), ce qui donnerait quelque chose comme “physical contact” en anglais.
Notez que ce “massacre” de l’anglais ne se retrouve évidemment pas qu’en japonais. On peut en effet citer en français les mots “tennisman“, “camping-car”, “footing” et autres joyeusetés qui font sourire les anglophones. Cela dit, il faut reconnaître que les Japonais ont davantage d’inventivité, probablement parce que le japonais est assez éloigné de l’anglais (c’est donc open-bar ! :D).
La transcription des mots d’origine étrangère en katakana et problèmes liés
Les katakana sont très pratiques pour les emprunts puisqu’ils permettent de transcrire phonétiquement de façon “plus ou moins” fidèle des sons provenant d’autres langues. Cela permet entre autres d’éviter aux Japonais nuls en anglais de passer pour des imbéciles dans la cour de récréation avec les néologismes. Alors que nous en France, quand on tombe sur un mot anglais à la mode, impossible de connaître d’un coup d’œil sa “vraie” prononciation. Imaginez les drames que cela a pu causer !
Mais on n’utilise pas uniquement les katakana pour les emprunts puisqu’ils servent aussi à donner la prononciation en japonais des noms propres étrangers. Là encore, c’est pratique pour mettre tout le monde d’accord. Je précise qu’il existe parfois des variantes pour une même célébrité et Epstein a eu par exemple droit à deux transcriptions (エプスタイン Epustain qui est celle retenue par Wikipédia et エプスティーン Epustîn qui est citée dans l’article). :S
Toutefois, cela peut poser aussi quelques problèmes inhérents à la perte d’informations liée au processus de transcription. Je vous en ai listé quelques-uns pour le fun.
Les confusions possibles avec les wasei-eigo
On commence avec le cas des transcriptions de noms propres en anglais contenant un terme considéré comme wasei-eigo en japonais. C’est relativement rare, mais on peut trouver d’autres exemples en dehors de ルイージマンション (Luigi Mansion) et ホーンテッドマンション (Haunted Mansion) :
- Le film américain Get Smart (2008) qui a été traduit en japonais ゲット・スマート (getto sumâto). Un Japonais non averti pourrait penser qu’il s’agit de “devenir svelte” et non “devenir malin”.
- Le film d’horreur français Haute Tension (2003) qui a été distribué avec le titre “High Tension” dans les pays anglo-saxons, ce qui a donné ハイテンション (haitenshon) au Japon. Problème : comme l’indique Kotobank, ce terme signifie “humeur joyeuse/excitation intense” (durant une fête par exemple) et n’évoque donc pas vraiment l’idée de “suspens”. 😀
Évidemment, les distributeurs ne sont pas fous et modifient parfois le titre pour qu’il soit plus compréhensible pour un public japonais. Je pense entre autres à Smart People (2008) qui a été adapté avec le titre 賢く生きる恋のレシピ (kashikoku ikiru koi no reshipi “la recette de l’amour pour vivre intelligemment”).
Deux mots différents peuvent donner une graphie unique en katakana
Ce second problème est plus embêtant et se retrouve surtout avec la katakanisation des noms de lieux qui sont proches phonétiquement dans leur langue d’origine. Car lorsqu’on transcrit un mot en katakana, un certain nombre d’informations disparaissent à l’instar des lettres muettes. Et comme certains phonèmes n’existent tout simplement pas en japonais, ça oblige à faire des choix cornéliens. Exemple tout bête de chez nous : les villes de Reims et de Lens se disent toutes les deux ランス (ransu) en katakana. Je vous déconseille donc de régler votre GPS sur le japonais ! :p
Notez que le problème peut aussi se retrouver avec certains noms communs et adjectifs. J’ai notamment déniché le mot ベスト (besuto) qui peut vouloir dire “veste” ou “best” (le meilleur). Vous pourrez ainsi faire une blague du style ベストの中ではこれがベストだ (besuto no naka de ha kore ga besuto da) “Parmi les vestes, c’est la meilleure”. (づ。◕‿‿◕。)づ
Je vous laisse sur cette blague tordante et je vous donne rendez-vous en juin pour un nouvel article sur les particularités du japonais ! 😉