Au final, finalement, en fin de compte, au bout du compte, en définitive… Nous avons en français un grand nombre d’expressions pour conclure une discussion ou un raisonnement. C’est également le cas en japonais, mais j’avais envie de me concentrer sur les deux adverbes les plus courants : 結局 (kekkyoku) et つまり (tsumari). En quoi ces deux-là se rejoignent-ils sémantiquement et qu’est-ce qui les distingue vraiment ? Voyons cela de plus près !
結局 : “au bout du processus”
L’origine du mot 結局 est plutôt inattendue puisqu’elle est directement liée au jeu de go (囲碁 igo en japonais). Selon le Nihon Kokugo Daijiten, il était utilisé à l’origine en tant que nom commun pour désigner le fait de “terminer la partie de go en premier“. Donc on imagine un Japonais du XVIe siècle (la première attestation du terme remontant à 1558-1570) hurler Kekkyoku ! au moment de remporter la partie. C’est en tout cas comme cela que je vois les choses ! ಠ⌣ಠ
Intéressons-nous plus en détail aux kanji :
- 結 (ketsu) : nouer, lier, achever, aboutir.
- 局 (kyoku) : à l’origine un espace délimité, mais aussi une partie de jeu par la suite (一局 ikkyoku = “une partie”).
Bref, il est donc bien question ici de l’aboutissement de la partie. Ou plutôt une “fin de partie” comme dirait celui qui croit toujours avoir trouvé LE remède face au COVID-19. Ce qui est intéressant à retenir ici, c’est qu’on est arrivé à une conclusion au bout d’un long processus (car oui, le jeu de go peut-être long, très long). C’est plus ou moins la définition que l’on trouve dans le Daijisen :
いろいろなことがあったうえで、最後に落ち着くさま。最終的には。
iro iro na koto ga atta ue de, saigo ni ochitsuku sama. Saishûteki ni ha.
“La manière dont tout finit par se régler après diverses péripéties. Finalement.”
Depuis le XIXe siècle, il n’est plus employé qu’en tant qu’adverbe et voici une phrase d’exemple avant de passer à la suite :
- いろいろ考えたが、結局やめることにした。(Iroiro kangaeta ga, kekkokyoku yameru koto ni shita.)
“J’ai beaucoup réfléchi, mais j’ai finalement décidé d’abandonner.”
つまり : “en définitive, si on résume”
つまり (tsumari) partage comme premier point commun avec kekkyoku le fait n’était qu’un pauvre petit nom commun au départ. Eh oui, si on l’écrit en kanji, ça devient 詰(まり), le substantif du verbe 詰まる (tsumaru) “être bouché/bloqué”. Je vais de nouveau me référer au Nihon Kokugo Daijiten qui donne les sens “extrémité d’une chose/endroit où l’on ne peut plus avancer/un aboutissement“.
Puis par la force extraordinaire des choses, on est parvenu à l’adverbe “en définitive/au dernier stade”.
- つまりは私の失敗に終わったんだ。(tsumari ha watashi no shippai ni owatta n da).
En fin de compte, ça s’est soldé par un échec de ma part.
Tsumari possède toutefois un autre sens généralement décrit à part dans les dictionnaires : celui de “autrement dit/en résumé” qu’il partage avec l’expression 要するに (yô suru ni). Il est donc très souvent utilisé pour reformuler ce qui vient d’être énoncé.
- 君の言っていることはつまり嘘ですね。(kimi no itte iru koto ha tsumari uso desu ne).
En résumé, ce que tu dis est un mensonge.
Situation où les deux adverbes sont interchangeables
Quand on cherche à dire “au bout du raisonnement/en définitive” pour un constat, les deux mots sont possibles. Exemple :
- いろいろ考えたが、結局/つまり彼が正しかった。(Iroiro kangaeta ga, kekkyoku/tsumari kare ga tadashikatta).
“Après mûre réflexion, c’était lui qui avait raison en définitive“.
Pour chipoter, on va dire dans cette situation qu’on est plus sur un constat tranché avec kekkyoku alors que tsumari repose sur une déduction logique. Ainsi, on est plus souvent sur un sentiment d’agacement/de fatalité avec kekkyoku. C’est par conséquent celui qui est préféré quand on souhaite clore une discussion en jetant un pavé dans la marre. Genre “en fin de compte, tu me détestes, c’est ça ?”.
Cas où 結局 fonctionne mieux
Je vais prendre un premier cas assez classique :
- 何度も話し合ったが、結局何も決まらなかった。(nando mo hanashiatta ga, kekkyoku nani mo kimaranakatta).
“Nous en avons discuté plusieurs fois, mais au final/finalement, rien n’a été décidé.”
Certes, tsumari n’est pas totalement impossible ici, mais il ne reflète pas aussi naturellement cette idée que “on finit par en arriver là après plusieurs tentatives“. Pour un choix effectué après moult hésitations, c’est la même logique qui s’opère. C’est pourquoi selon moi, kekkyoku est plus proche du français “finalement”. Autre cas intéressant :
- 早く寝ようと思っていたのに、結局朝までゲームをしてしまった。(hayaku neyô to omotte ita noni, kekkyoku asa made gêmu wo shite shimatta).
“Je pensais me coucher tôt, mais au final, j’ai joué jusqu’au matin. “
Ici, il s’agit d’un résultat contraire aux attentes (avec une pointe de fatalité) et tsumari serait clairement bizarre dans ce contexte. Dernier exemple :
- 結局、どうする? (kekkyoku, dô suru ?).
“Bon alors, on fait quoi ?”
Vous voyez bien ici l’agacement lié à une situation qui s’éternise ! (・´ω`・)
Cas où つまり est plus naturel
Le premier cas qui vient en tête est celui d’une reformulation/résumé de la situation.
- 彼は来ない。つまり、私たちだけでやるしかない。(Kare ha konai. Tsumari, watashitachi dake yaru shikanai.)
” Il ne viendra pas. Autrement dit, nous devons nous débrouiller seuls.”
Si on place kekkyoku ici, cela sonne davantage comme un reproche/un sentiment de lassitude. Dans l’énoncé suivant, seul tsumari marche :
- 彼は日本に10年以上住んでいる。つまり、日本の生活にはかなり慣れている。(kare ha nihon ni jûnen ijô sunde iru. Tsumari, nihon no seikatsu ni ha kanari narete iru.)
“Il vit au Japon depuis plus de dix ans. Autrement dit, il est vraiment habitué à la vie japonaise. “
On est pas obligé après de l’utiliser pour la reformulation de toute une phrase, il peut s’agir juste de l’éclaircissement d’un terme précis :
- 父の弟、つまり叔父さん、(chichi no otôto, tsumari oji-san,).
“Le frère de mon père, c’est-à-dire mon oncle,”
Enfin, quand on demande une confirmation à son interlocuteur, tsumari est quand même plus adapté :
- つまり、彼は嘘をついていたということ?(tsumari, kare ha uso wo tsuite ita to iu koto ?).
Donc, en gros, tu veux dire qu’il mentait ?




