Le japonais dans tous les sens

Les rômaji (ローマ字)

Les rômaji (ローマ字) font référence à la transcription du japonais en alphabet latin, ce qui permet donc de représenter les sons du japonais à l’aide de lettres romaines. C’est ainsi une translittération phonétique qui facilite grandement la lecture à ceux qui ne maîtrisent pas encore les kana et kanji. En France, on utilise principalement la méthode Hepburn.

Lorsque j’ai débuté le japonais en 2006, le débat existait déjà : faut-il ou non abandonner rapidement l’idée de recourir aux rômaji ? Il est possible d’y répondre simplement en ramenant ça à l’objectif visé par l’apprenant. Si c’est pour un séjour touristique, s’embêter à apprendre deux syllabaires paraît très superflu. En effet, une fois qu’on a compris comment fonctionne la phonétique du japonais (et qu’un r en rômaji n’est pas équivalent au son r prononcé par les Français par exemple), lire en rômaji ne pose que très rarement de problème de prononciation.

Sur ce blog, j’ai choisi d’avoir recours aux rômaji afin de toucher le plus de personnes possible. Après tout, vous pourriez être intéressé par l’étymologie et l’usage des mots sans forcément entreprendre d’apprendre la langue japonaise avec toute la rigueur qu’il se doit. En consultant la page dédiée à la prononciation du japonais, vous devriez être capable de lire les mots et phrases d’exemple sans trop de problème.

Cela dit, je n’ai pas envie non plus de vous encourager à vous en contenter si vous étudiez le japonais. C’est pourquoi je vous donne trois arguments pour les abandonner et vous mettre sans plus attendre aux kana (hiragana + katakana) !

Les raisons de ne pas se contenter des rômaji pour lire le japonais

Raison numéro 1 : c’est le bazar

Je commence par cet argument puisque ça me permet de vous exposer ce qu’il faut sous-entendre par “rômaji”. On est d’accord sur le fait que cela désigne des caractères de l’alphabet latin employés dans un cadre précis, celui d’écrire le japonais. Or comme cet alphabet latin n’est pas prévu à l’origine pour l’écriture du japonais, il a fallu être inventif et s’accorder sur des règles arbitraires qui soient le moins contraignantes possible.

Plusieurs méthodes coexistent en réalité

Pour la petite histoire, les premières traces de rômaji remontent au XVIe siècle et c’est finalement la méthode du missionnaire américain Jame Curtis Hepburn (appelée “méthode Hepburn“) datant de 1867 qui a fini par s’imposer. Enfin, c’est vite dit puisqu’on emploie toujours la méthode kunrei-shiki (訓令式) au Japon même si ça devient de plus en plus rare. Pour information, じゃ (ja) s’écrit zya dans la méthode Kunrei, vive les confusions ! C’est donc tout de même un problème étant donné que si chacun y va de sa méthode, on n’est pas sorti de l’auberge.

Des compromis difficiles à mettre en place au sein d’un même méthode

Je vais partir du principe que tout le monde utilise la méthode Hepburn (qui comprend elle-même quelques variantes :S). Il faut savoir qu’au départ, la méthode Hepburn est basée sur la prononciation anglaise des mots. C’est pourquoi la transcription ja pour じゃ a été préférée à zya (méthode Kunrei) puisque le ja de japan est similaire à じゃ. D’ailleurs, le terme anglais japan a été emprunté en anglais sous la forme en katakana ジャパン (ジャ=じゃ pour rappel). Bref, du point de vue d’un locuteur étranger, c’est ce qui semble le plus logique, car ça évite de prononcer les mots n’importe comment lorsqu’on n’est pas encore à l’aise avec la phonétique du japonais.

Le problème, c’est qu’il existe certains cas où vouloir coller à la prononciation anglaise occasionne des problèmes. L’exemple le plus représentatif est おう/おお qu’on a tendance à transcrire par ô. Déjà, vous remarquerez qu’en faisant le choix d’écrire ô en respectant la prononciation, cela entraîne une perte d’informations. En effet, on ne sait plus après s’il s’agit de おう ou おお.

Prenons le mot おおきい qu’on transcrira alors ôkî ou ôkii (certains préconisant de ne pas mettre d’accent sur les i). Faut-il l’écrire plutôt ookî afin d’indiquer qu’il y a deux et non おう ? Oui, mais dans ce cas, un anglophone prononcera probablement “oukî” (comme le oo de good). J’ai vu aussi la variante oh (que je trouve affreuse au passage), encore faut-il s’accorder à l’avance sur le fait que oh ne désigne que おお (ce qui n’est pas vrai aujourd’hui).

Quelques cas particulièrement embêtants

Il arrive parfois en japonais que おう ne se prononce pas ô. On retrouve notamment ça dans les verbes finissant par う, comme 追う/おう(prononcé o’ou) qui diffère donc de /おう (ô). Faut-il donc transcrire 追う par ou (le plus courant) ou bien créer une variante o’u ?

L’apostrophe est également nécessaire pour le (n) lorsqu’il est présent avant une voyelle. En effet, 記念/きねん(kinen) se prononce différemment de 禁煙/きんえん(kin’en). Citons aussi le (ha) qu’il faudrait transcrire par wa lorsqu’il est employé comme une particule afin de coller à la prononciation. Ce qui augmente par la même occasion le risque de confondre avec (wa).

Ainsi, comme il n’y a pas de réel consensus avec toutes ces possibilités, chacun y va de sa recette. C’est pourquoi d’ailleurs les auteurs de méthodes de japonais indiquent généralement les règles qu’ils ont choisi de suivre pour l’ouvrage en question.

Raison numéro 2 : c’est une perte de temps

Je ne fais pas référence ici à la perte de temps liée au fait de devoir apprendre les différentes règles de romanisation du japonais qui sont en plus loin d’être respectées à la lettre. Non, il s’agit d’un point souvent évoqué par les anti-rômaji (et ils sont nombreux ! ಠﭛಠ). À savoir qu’à la place de passer du temps à lire ou écrire des rômaji, vous auriez pu apprendre ou réviser vos kana.

Honnêtement, même si vous allez buter au départ sur de nombreux mots, s’habituer le plus vite possible à lire en japonais est vraiment un plus. Vous allez par exemple repérer plus facilement des caractères redondants (comme la particule de thème ) et arriver à comprendre plus rapidement la logique de la phrase japonaise.

J’ajouterais que les rômaji vous empêchent de savoir dans quel système graphique a été écrit le mot et de vous habituer à un japonais naturel. Par exemple, bien que watashi puisse être écrit en kanji , c’est dans sa forme en hiragana わたし que l’on croise le plus souvent (plus de 95% selon cette étude). Je pense aussi au mot chirashi (prospectus/tract) qui s’écrirait aujourd’hui à environ 90% du temps en katakana チラシ, alors qu’il ne provient pas de l’étranger.

Raison numéro 3 : les Japonais n’ont pas l’air vraiment à l’aise avec les rômaji

Vu que j’avais envie de placer au moins trois arguments (hé hé), je finis avec ce dernier qui est sûrement le plus faible. Après quelques discussions avec des Japonais, il en ressort que beaucoup ont du mal à déchiffrer les rômaji. C’est logique puisque bien qu’ils connaissent plus ou moins la méthode Hepburn, il y a des risques de confusions avec la méthode Kunrei qui reste assez populaire.

J’imagine que peu ont eu l’audace d’envoyer des textes en rômaji à des Japonais, mais l’absence de kanji est également problématique de toute façon étant donné le nombre d’homophones en japonais. Ainsi, que vous écriviez un texte tout en kana ou tout en rômaji, c’est assez embêtant à déchiffrer. Au moins avec ces derniers, on fait la distinction entre les mots grâce aux espaces, c’est le seul avantage que je veuille bien daigner leur accorder. (`▽´)

Voilà, j’espère que ces trois arguments vous auront convaincu d’abandonner l’idée de transcrire le japonais en alphabet latin ! 😉

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