Le japonais dans tous les sens

Jibun (自分) : moi-même, je suis plutôt neutre

Il fait partie des 100 mots japonais les plus employés. On l’apprend en général avec le sens “soi(même)” puisque c’est un pronom réflexif. Il possède comme synonyme  己 (onore) qui est plus formel mais qui n’a rien à voir avec Balzac. Je veux bien entendu parler de 自分 (jibun) ! Après une petite présentation de famille, j’aimerais vous décrire un de ses usages méconnus en tant que pronom personnel de la première et même de la deuxième personne.

Analyse du mot jibun et phrases d’exemple courantes

自分 est composé du kanji 自 (ji) qu’on interprète ici avec le sens de “soi” (自信 jishin = “croyance en soi“, 自慢 jiman = “orgueil en soi“, etc). Pour 分, c’est déjà moins évident mais j’ai pu trouver l’interprétation “propriété/capacité qu’on possède naturellement” avec l’exemple de 本分 (honbun “devoirs/obligations”). C’est assez flou et comme j’avais retenu le kanji 分 avec le sens “part”, on va dire que 自分 signifie “ma propre part“. D’ailleurs, on dit bien en français “pour ma part” lorsqu’on parle de soi à ce que je sache ! └|∵|┐

Quelques exemples simples pour que ce soit plus parlant :それは自分のペンですか (sore ha jibun no pen desu ka) litt. “ceci, c’est le stylo à soi ?” = c’est votre stylo ?
これは自分のペンではない (kore ha jibun no pen de ha nai) litt. “ceci, ce n’est pas le stylo à soi” = “ce n’est pas mon stylo”.
On peut voir qu’en fonction de la personne concernée dans la phrase (sous entendue en japonais), jibun  peut être traduis par “toi (ton)” ou encore “moi (mon)”. On aurait donc pu le remplacer dans la première phrase par あなた (anata) et わたし (watashi) dans la seconde phrase.

彼女は自分が作ったケーキをくれた (kanojo ha jibun ga tsukutta kêki wo kureta) = “elle m’a donné le gâteau qu’elle avait fabriqué elle-même“. Ici, on devine que jibun reflète directement kanojo (elle) et il permet de clarifier le fait qu’elle a fabriqué le gâteau toute seule. On trouve dans le même ordre d’idée souvent la forme 自分で (jibun de) “soi-même/tout seul”. 自分でやるよ (jibun de yary yo) : je le fais tout seul ! Enfin, notre mot du jour peut faire référence à “tout un chacun” sans qu’une personne en particulier ne soit désignée. 自分を大切にするのは大事です (jibun wo taisetsu ni suru no ha daiji desu) : il est important de prendre soin de soi-même.

Les cas particuliers de la première et de la deuxième personne

Comme je l’ai expliqué que jibun pouvait être remplacé par “watashi” ou “anata” dans certains contextes, notamment lorsqu’on fait référence à l’appartenance (avec la particule の). Toutefois, cela va plus loin puisqu’il peut-être aussi directement suivi de la particule は (ou が). 自分は行きたくないです (jibun ha ikitakunai desu) : je n’ai pas envie d’y aller. はい、自分がやりました (hai, jibun ga yarimashita) : oui, c’est moi qui l’ai fait. On pourrait penser qu’il s’emploie lorsqu’on a envie de mettre le soi en avant et il est alors facile de faire le parallèle avec le français “moi-même” dans une phrase comme “moi-même, je suis contre l’esclavage”.

Sauf qu’en réalité, c’est plutôt l’inverse car comme l’indique la plupart des dictionnaires, son emploi a longtemps été répandu au sein de l’armée (de terre). Et en plus de ça ces dernières années, il s’agissait des individus avec un grade inférieur qui l’utilisaient pour s’adresser à leurs supérieurs ! La raison est simple : “comme les autres pronoms personnels watashi/boku/ore sont connotés, c’est finalement jibun qui paraissait le plus neutre” (Nakamura, 1982). Aujourd’hui à l’armée, on tend à préférer わたくし (watakushi) qui possède un côté plus formel et moins ambigu.

Ce qu’il est intéressant de noter, c’est que cet emploi de jibun n’a pas disparu pour autant puisqu’il a glissé vers le domaine du sport, en particulier les sports où les différents rangs sont marqués. C’est le cas du monde du catch, aussi bien chez les hommes que chez les femmes. On peut sans doute y voir une influence de l’armée. De manière générale, jibun est plutôt masculin et une enquête réalisée en 2017 sur un panel de 688 hommes Japonais de 29 à 69 ans indique que 14,1 % d’entre eux l’emploieraient (contre 15,4 % pour boku). C’est donc loin d’être anecdotique !

Dernière chose : dans le Kansai, il peut prendre la place de la deuxième personne dans le cercle intime (anta/kimi…). Exemple : 私はカレーライスにする。自分、何食べる ? (watashi ha karê raisu ni suru. Jibun, nani taberu ?). Moi je vais prendre un riz au curry. Et toi, tu manges quoi ?
Il parait que c’est assez “confusant” pour les Tokyoïtes, n’hésitez donc pas à en abuser ! :p

Autres sources : article universitaire de 2011 (à propos de l’usage dans l’armée et le sport), jp.soufani (exemple de phrase du Kansai)

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2 réponses

    1. Et que dire alors de 自分本位 ? hmm ?
      Plus sérieusement, je te donne la définition du dico “自分を強めていう語” = mot qu’on emploie accentuer/renforcer 自分.
      Donc en gros, c’est simplement pour lever toute ambiguïté (moi même/personnellement…) je pense vu que 自分 seul peut juste avoir le sens de 私.

      Après il existe aussi 私自身 “moi-même”, 君自身 “toi-même”. Mon dico explique à ce propos que 自身 peut s’employer seul mais qu’on le trouve beaucoup plus fréquemment en tant que suffixe (il cite aussi 彼自身 “lui-même”, 彼女自身 “elle même”…). Il est assez pratique quand on y pense ^^.

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