Yome (嫁) : la belle-fille qui se transforme en femme ?

Il arrive que certains mots soient très révélateurs du fonctionnement d’une société. Et lorsqu’on essaye de les traduire dans une langue avec une culture assez différente, on se prend souvent les pieds dans le tapis. Yome (嫁) fait partie de ceux là et il peut vouloir dire ” (ma) belle-fille/(ma) femme/épouse…”. Pour arriver à s’y retrouver, il va falloir remonter un peu en arrière !

Étymologie du mot yome et glissement sémantique

Yome s’écrit avec le kanji 嫁 que l’on peut séparer en deux parties : 女 (la femme) et 家 (la maison/famille). On serait ainsi tenté de traduire ça par “femme qui se trouve à la maison“. Cela décrit seulement un aspect de la yome qui est d’ailleurs très vague. Étymologiquement, l’hypothèse la plus probable est yobime (呼び女). C’est à dire l’épouse du fils qu’on appelle (yobu 呼ぶ) pour venir s’installer à la maison. Car lorsque le système était encore patriarcal (officiellement jusqu’en 1945), on vivait tous sous le même toit. La nouvelle femme du fils devenait donc la yome qui était pendant un temps sous les ordres de la mère de famille.

C’est pourquoi avant 1945, dire uchi no yome (うちの嫁) signifiait le plus souvent “ma belle-fille“, le mari employant davantage kanai (家内). Sauf qu’entre temps, la famille nucléaire a pris le relais. Il est désormais très rare que trois générations vivent dans la même maison. C’est pourquoi yome (ou encore yome-san) s’emploie désormais très souvent pour signifier “ma femme“. Par exemple, lorsque l’on parle avec des amis. Et bien oui, c’est devenu la seule “femme à la maison”.

Une enquête réalisée en 2011 avec des participants choisis dans presque tout le Japon est très intéressante. Plus l’homme est jeune, plus il va recourir à l’appellation yome pour sa propre femme. 49% des 20-30 ans contre seulement 11% des plus de 60 ans ! Ce qui est étonnant, c’est que selon plusieurs sondages, les femmes japonaises détestent se faire nommer ainsi. Les hommes se défendent en prétendant qu’ils ne pensent pas aux kanji mais aux katakana ヨメ. Un conseil : privilégiez plutôt tsuma (妻) ou okusan (奥さん) si vous avez une femme japonaise !

Sources : gogen-allguide (étymologie), bridal-souken (enquête de 2011 très intéressante)

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