Selon Margot Fonteyn, “le génie est une forme de magie, et le propre de la magie, c’est qu’on ne peut l’expliquer”. Il est vrai que la magie repose sur l’idée qu’il existe des puissances cachées et si celles-ci peuvent être révélées, cela n’a plus aucun sens… ^^. Aujourd’hui, je vais m’intéresser à une certaine forme de magie  qui se rapporte surtout aux tours de passe passe avec le terme tejina (手品).

Origine du mot tejina et signification aujourd’hui

手品 se lit tejina et non shuhin (lecture on de ces deux kanjis) tout simplement parce que c’est un mot d’origine japonaise. Littéralement “mains (手)/ articles/objets (品), il fait directement référence à la manipulation d’objets. Il aurait pour origine l’archaïsme 手妻 (tezuma) qui lui n’a pas de rapport avec la femme/épouse (妻) mais l’éclair 稲妻 (inazuma, voir mot kaminari). Il s’interprète donc comme “faire bouger ses mains aussi vite que l’éclair”. Enfin, vu qu’on a longtemps utilisé des 品玉 (shinadama, sorte de boules creuses) pour les tours, on pense que 手品 serait une sorte de mélange entre 手妻 et 品玉.

L’une des caractéristiques du tejina est que cela décrit surtout des petits tours plutôt discrets. C’est à dire ceux réalisés avec des cartes, boules ou encore des anneaux où la dextérité des mains est mise à l’épreuve. De nos jours, on emploie également le terme マジック (majikku de l’anglais magic) qui a un sens plus large et qui renvoie davantage aux grands tours de prestidigitations. Dans le langage courant cela dit, la différence entre les deux n’est pas net lorsqu’on décrit un simple tour de magie. Voici un exemple avec un emballage de bonbons japonais :

Ici, il y a un jeu de mot intéressant. Cette série de bonbons s’appelle たね (tane) puisque ceux-ci sont “durs comme des noyaux”. Cependant, il y a un autre sens avec tane que j’avais bien gardé de vous dire la semaine dernière : c’est le “truc” d’un tour, son secret. Ainsi, 手品のたね (tejina no tane) signifie “le truc d’un tour de passe-passe”. Quel est le rapport entre ces bonbons et la magie ? Et bien lorsque vous mangez en même temps deux goûts différents (raisin et orange par exemple), cela en forme un troisième (ananas en l’occurrence ici). Magique non ? 😀

Sources : detail.chiebukuro (différences tejina/majikku)

Guilhem Walter

Rédacteur du site kotoba.fr, je vis au Japon depuis juillet 2012 et je m’intéresse de près à la langue japonaise et la culture dont elle fait partie.