Le japonais dans tous les sens

Sayônara (さようなら) : adieu le “au revoir” japonais ?

Aujourd’hui, c’est une formule de politesse en apparence ambiguë sur laquelle on va se pencher : sayônara (さようなら). Si elle fait débat, c’est parce qu’on peut la traduire par “au revoir” ou par “adieu”. On va donc s’intéresser dans un premier temps à sa définition en japonais pour ensuite voir dans quelles situations on l’utilise.

Étymologie et définition de sayônara

Sayônara s’écrit la plupart du temps en hiragana さようなら. Il est la contraction de sayônaraba (左様ならば) où 左様 signifie “comme ça/c’est ainsi” et ならば “si”. Littéralement, on obtient ainsi “si c’est ainsi…”. C’est assez similaire au français “sur ce” que l’on prononce au moment de se séparer. Aujourd’hui, on trouve une forme oralisée sayonara (さよなら) où le “o” n’est plus allongé. Un peu comme arigatô que l’on entend parfois prononcé arigato.

Si on regarde dans les dictionnaires japonais, on trouve pour sayônara la définition suivante : “salutation que l’on utilise lorsqu’on se sépare“. Comme vous pouvez le constater, c’est assez vague. Ce qui explique pourquoi cela peut se traduire par “adieu” ou bien “au revoir” en fonction du contexte. J’ai même pu trouver “bonsoir” ou encore “bonne nuit“. La seule condition nécessaire étant une séparation plus ou moins longue.

Du coup, on pourrait penser que “salut !” ferait un bon candidat. Sauf que sayônara est moins familier et ne s’utilise pas exactement dans les mêmes situations, ce que nous allons analyser maintenant.

Ces deux femmes se disent-elles sayônara ? Probablement pas… 😀

Vers la fin de l’expression sayônara ?

Aussi surprenant que cela puisse paraître, j’ai trouvé une discussion sur le net où une japonaise posait la question suivante : on l’utilise quand sayônara au fait ? Il existe en effet de nombreuses formules de politesse en japonais qui signifient au final la même chose. Dans un cadre formel, on a shitsurei shimasu (veuillez m’excuser), otsukaresama deshita (après le boulot ou un effort quelconque), osaki desu (je vous laisse)…

En privé avec la famille ou les amis, on a souvent recours à mata ne (à plus), baibai (au revoir), sore dewa (sur ce)… C’est pourquoi quand on réfléchit bien, on peine à trouver des situations où sayônara est indispensable. Pour ma part, c’est à la crèche avec les puéricultrices que je l’ai vu employé souvent. Car elles demandent aux enfants de dire sensei, sayônara ! (au revoir professeur !). Il se trouve que c’est le cas dans le domaine scolaire en général avec un rapport enfant/adulte plutôt particulier.

Si on excepte ces cas isolés, on peut presque parler d’archaïsme pour sayônara. Je dis bien “presque” car il se pourra que vous l’entendiez dans la rue, il ne faut pas exagérer. Mais selon une enquête réalisée en 2016 dans le Kansai, 70% des sondés affirment ne plus utiliser cette expression. On trouve plusieurs raisons :

  • Elle apparaîtrait “froide” par son caractère ambigu. Elle peut en effet faire penser à un “adieu” qui n’est pas souhaité.
  • Elle sonnerait faux et pédant.

Bref, il est possible qu’on ne l’entende plus du tout d’ici quelques années. Il va donc falloir mettre à jour les manuels de japonais, j’en ai bien peur… 😀

Sources : kotobank (dictionnaires de japonais), gogen-allguide (étymologie), sankei.com (sondage réalisé dans le Kansai)

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4 Responses

  1. Alors vous me poser une colle.
    En chinois 這樣 veut dire c’est comme ça, comme ci. Mais les kanji que vous avez utilisé sont 左樣, bizarre ^^

  2. Gardez à l’esprit que le japonais et chinois sont deux langues complètement différentes. Même si les chinois ont exporté leur système d’écriture au japon dans un lointain passé, les kanji ont évolué différemment de l’écriture chinoise, ce qui explique qu’on n’utilise pas forcément les mêmes caractères en chinois et japonais pour exprimer quelque chose.

  3. Bonjour et merci pour votre site
    J’y ai trouvé ce que je venais chercher !
    Sur l’ambiguïté de Sayonara

    Je voudrais vous poser une question : je suis auteur chez Odile Jacob mon dernier livre s’appellle “la folie des chats “ avec un double sens en français : à la fois l’engouement de la population pour les chats mais aussi la possibilité des troubles psychiatriques chez le chat ( je suis vétérinaire psychiatre) et leur souffrance mentale. Mon livre va être traduit en japonais .. comme d’habitude les éditeurs vont me proposer un titre très souvent qui ne reflète en rien le titre français ( jamais sur le cas en italien en allemand et en roumain) Qu’en pensez vous ? Comment traduiriez vous cela ?
    Merci pour votre aide
    Claude Beata

    1. Bonjour,

      En voilà une demande peu commune ! ^^
      Déjà comme vous pouvez vous en douter, il existe plusieurs mots en japonais pour décrire la folie et le plus courant est probablement 狂気 (kyôki) qui signifie littéralement “esprit(気) anormal/fou(狂). Seulement, on ne l’emploie pas pour désigner l’engouement.

      Toutefois après quelques recherches dans mon dictionnaire, j’ai trouvé un meilleur candidat : 気違い (kichigai). Ce terme renvoie en effet à la fois au trouble psychiatrique, mais aussi à un engouement de quelqu’un pour quelque chose. Par exemple, on peut dire 映画気違い (eiga kichigai où eiga = cinéma) pour un “fan de cinéma”. Donc on aurait pu envisager comme titre “猫気違い (neko kichigai). Le problème, c’est qu’il n’a pas une connotation positive ce kichigai, vu qu’on l’a beaucoup utilisé pour parler des gens avec mépris (avec cette idée d’handicap mental). Donc les médias évitent d’employer ce terme en général selon cette source : https://www.weblio.jp/content/%E6%B0%97%E9%81%95%E3%81%84. C’est pourquoi il pourrait être mal interprété, genre “ces détraqués qui sont fous des chats”.

      J’ai aussi vu qu’il était possible d’utiliser le kanji 狂 (celui le plus proche de la folie donc) en tant que suffixe et que 映画狂 (eiga-kyô) avait le sens de “cinéphile/fan de cinéma”. Le fou de la vitesse, c’est スピード狂 (supîdo-kyô). Donc j’imagine que 猫狂 (neko-kyô) pourrait fonctionner si on souhaite quelque chose de court et qui fasse référence aux deux sens de folie. Après, faudrait demander à des Japonais natifs ce que leur évoquent ce type de titre, c’est pour ça peut-être que les éditeurs ne pensent pas comme nous (lol).

      Au passage, je pensais vous avoir déjà entendu quelque part puisque j’avais écouté un podcast sur le comportement des animaux domestiques (chats et chiens) et comment répondre à leurs besoins. Mais c’était une de vos collègues- Sarah Jeannin – qui est passée sur Podcast Science en février 2022 (https://www.podcastscience.fm/emission/2022/02/18/podcast-science-466-le-comportement-animal-de-la-psychologie-au-medical/). Le sujet est passionnant en tout cas, j’avais adoré ! 🙂

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