Saisen (賽銭) : de l’argent pour soudoyer les dieux ?

Nous sommes en janvier et encore récemment, c’était le shôgatsu au Japon. Autrement dit la “période” du nouvel an puisque comme beaucoup d’entre vous le savent, on parle d’au moins trois jours. Et généralement, les japonais se rendent durant ce laps de temps dans un sanctuaire shinto ou un temple bouddhiste. L’occasion notamment de jeter quelques piécettes appelées saisen (賽銭) dans un gros coffre rectangulaire. Mais quel est le sens de cette coutume ?

Analyse du mot saisen et signification de la coutume

Saisen s’écrit en kanji 賽銭 où le deuxième kanji 銭 signifie principalement “(petites) pièces/piécettes“. On le trouve par exemple dans le mot kozeni (小銭) “petite monnaie”. 賽 est quant à lui beaucoup plus rare et à un rapport direct à la religion puisqu’il veut dire “célébrer en remerciant“. Le terme saikyaku (賽客) désigne ainsi une personne qui vient prier dans un temple/sanctuaire. Ainsi, il faut interpréter saisen comme “les pièces que l’on donne en guise de remerciement“. La question est maintenant de savoir pourquoi on remercie !

Deux hypothèses de distinguent : soit c’est pour remercier les dieux d’avoir exaucé les souhaits de l’année précédente. Donc la première fois qu’on se rend dans un temple, mieux vaudrait à ce moment là donner peu. Soit c’est simplement pour remercier pour la vie de tous les jours, un peu comme on le fait chez les chrétiens avant un repas par exemple. On peut noter aussi que les saisen ont pour autre rôle de faire fuir les mauvais esprits. Cela s’applique uniquement dans les jinja (神社 sanctuaire shinto) où on fait sonner la cloche (suzu 鈴) juste après.

Il s’agit d’une saisenbako miniature qui peut aussi servir de tirelire. ^^

Dans tous les cas, il n’est nulle question ici d’essayer de soudoyer les dieux en donnant beaucoup d’argent dans l’espoir de voir ses vœux réalisés. D’autant plus qu’autrefois, ce n’était pas de la monnaie qu’on donnait mais du riz (voir kome). Là encore, il s’agissait principalement d’une offrande pour remercier les dieux. C’est au cours du 16ème siècle que le riz a fait place aux pièces et que l’on a placé dans les temples des saisenbako (賽銭箱 “boite/coffre pour saisen“). Celles-ci sont fabriquées de telle sorte qu’on ne puisse pas récupérer soit même les pièces une fois jetées. Mais que deviennent t-elles donc ?

Le sens derrière les pièces et leur devenir

Déjà, je tiens à préciser que le remerciement est certes le but “originel” des saisen mais que dans les faits, beaucoup de japonais ne le voient pas de cet œil. Il semble qu’on espère avant tout voir ses vœux exaucés ou obtenir la faveur des dieux. Ce qui me fait penser ça est le sens qu’on accorde à chaque pièce de monnaie. Le cas le plus connu est la pièce de 5 yen, c’est celle qu’on voit sur la photo du dessus d’ailleurs. Comme 5 yen se prononce en japonais goen (五円), on lui attribue le sens de ご縁 qui correspond au destin/hasard (d’une rencontre) ici. C’est le principe du goroawase qu’on avait vu précédemment.

Jeter une pièce de 5 yen signifierait donc goen ga arimasu yô ni (ご縁がありますように) “en espérant qu’une rencontre me soit favorable”. On dit que le trou au milieu de la pièce porterait également bonheur, c’est pourquoi la pièce de 50 yen a également un certain succès. Pour info, on peut également déposer un billet de 10 000 yen (ichi man’en 一万円). Ça c’est pour ceux qui sont à la fois riche et qui veulent une famille paisible/heureuse. En effet, si on prend man’en (万円) en verlan, cela devient enman (円満) signifiant “paisible/heureux/tranquille”. Oui, c’est assez tordu, je sais… :S

Bon, c’est bien beau tout ça, mais qui donc récupère tout cet argent à la fin ? Tout simplement ceux qui sont chargés de la gestion du temple/sanctuaire. Cela coûte en effet de l’argent de l’entretenir et de payer le personnel. Car bien que les temples classés “patrimoine national” reçoivent des aides de l’état, ce n’est pas le cas pour tous. Pour l’anecdote, comme il s’agit d’un don, les saisen ne sont pas taxées. Autre chose : depuis 2014, une partie des temples mettent à dispositions des saisenbako où on peut payer par argent électronique (carte Edy par exemple, voir photo du dessus). Personnellement, je trouve que ça perd un peu de son charme pour le coup… oO.

Sources : ja.wikipedia (généralités), jysyameguri.com (significations de la coutume)

6 réponses

    1. Tu as bien raison de me poser cette question et je pense que j’aurais du la traiter en priorité. Là c’est juste que ces derniers temps, il y a quelques soucis avec l’application (bugs…) notamment pour les notifications (tout le monde ne l’a pas reçu et désolé si certains d’entre vous l’ont reçu en double ou triple).

      Bref, je vais faire un second paragraphe sur le devenir de ces pièces de monnaie. Parce que ce premier paragraphe est juste descriptif et surtout superficiel. D’une part beaucoup de japonais ne pensent pas au remerciement en donnant leur argent (mais plutôt à leurs vœux pour l’année) et d’autre part, les personnes qui s’occupent des temples/sanctuaires le font pour beaucoup dans un but lucratif. Donc ça serait intéressant de parler brièvement de leur rôle dans cette histoire, ce qui touche au devenir de l’argent.

      Je vais essayer de le rédiger d’ici la fin de la semaine. Sûrement samedi ou dimanche, vous recevrez une notification à ce moment là (si elles remarchent normalement… :S).

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