Ocha (お茶) : Le thé qui s’est refroidi au Japon

Thé ou café ? Voici un débat éternel tant sur la dimension du goût que sur celle de la santé. Le Japon est certes un pays traditionnellement porté vers le thé ocha (お茶) mais celui-ci a de moins en moins la côte. Comment parvient-il à s’adapter ?

Étymologie du mot ocha et expression liée

Ocha s’écrit en japonais お茶 où お est un préfixe honorifique et 茶 est le kanji du thé. Sa prononciation cha viendrait directement du chinois et on la retrouve dans de nombreuses langues : le mongol, le turque, le russe, le persan… On observe également la variante chai et on estime que le français thé et l’anglais tea dériveraient de cette même source. Une sorte de téléphone arabe à échelle mondiale donc ! 😀

Pour revenir au japonais, à l’instar de okane (お金 “l’argent”), on voit rarement ocha sans le préfixe o dans le langage courant. Il ne s’agit pas ici d’une véritable forme de “respect” envers le mot mais cela indique une certaine intimité linguistique. Le sujet est en tout cas très intéressant, j’en reparlerai probablement dans un futur article.

Je conclus cette partie en vous rapportant une expression intéressante : ocha wo nigosu (お茶を濁す). Littéralement “troubler l’eau du thé“. Il faut prendre ici le sens du mot “troubler” comme “rendre confus”. Comme certaines personnes ne comprenaient rien à l’art du thé, ils faisaient semblant de s’y connaitre en touillant un peu au hasard afin que ça ressemble à du thé. Par extension, cette expression veut dire “être évasif/tourner autour du pot/baratiner“.

Exemples de bouteilles de thé froids trouvables partout au Japon.

Les différentes formes de thé au Japon

Au Japon, on constate que la consommation de café (kôhî) est en constante augmentation depuis au moins 20 ans. On est passé à environ 352 000 tonnes par an en 1996 à environ 472 000 tonnes en 2016. Plusieurs raisons expliquent ce succès comme le simple fait que les fumeurs préfèrent son goût plus prononcé. En parallèle, la consommation de  feuille de thé a stagné ces 30 dernières années a diminué pour arriver à son niveau le plus bas en 2015 (105 952 tonnes).

Attention toutefois car ces chiffres sont trompeurs : on parle bien de tonnes de feuilles en comparaison aux tonnes de grain de cafés. Hors, si on ramène aux litres réellement consommés, le thé reste encore majoritaire. Car pour obtenir un litre de thé, une quantité très faible de feuille suffit. Alors que pour le café, à moins d’aimer une boisson très diluée et sans goût… :S

D’autant plus qu’aujourd’hui, c’est paradoxalement froid que le thé se vend le mieux au Japon. C’est à dire qu’on le trouve en bouteille dans n’importe quel supermarché. Et ce thé froid est souvent très dilué justement, on a l’impression de boire une sorte d’eau avec un arrière gout de thé. Personnellement, je n’ai jamais aimé sauf peut être le thé Oolong (ウーロン茶). Mais c’est le thé vert ryokucha (緑茶) qui reste majoritaire en bouteille (environ 60%).

En règle général, si on compare toutes les boissons froides trouvables dans le commerce, le thé l’emporte aujourd’hui. On obtient 32,1 litres/an/hab contre 23 litres pour l’eau minérale, 23,4 litres pour le café et 28,9 litres pour les boissons gazeuses. Conclusion : le café remporte le combat du chaud et le thé celui du froid au Japon. Fin du débat, heureux ? 😀

Sources : gogen-allguide (étymologie), ja.wikipedia (généralités), maff.go.jp (enquête de 2016 sous forme de pdf)

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