Aujourd’hui, on va parler d’une pratique certes universelle mais punie dans tous les pays : le vol à l’étalage ! Cette action de dérober dans un magasin sans y avoir été invité au préalable n’est en tout cas pas rare au Japon et elle porte le nom de 万引き (manbiki). On va voir dans un premier pourquoi elle se nomme ainsi pour ensuite s’intéresser à l’époque dans laquelle le mot est né.

Étymologie du mot manbiki et contexte de sa naissance

万引き fait partie de ces mots où les kanjis ne nous aident en rien. Enfin, vu que 引き vient du verbe 引く (hiku) signifiant “tirer (à la corde, la main…”, on a quand même l’image de quelqu’un qui tire un article vers lui. 万 par contre signifie “dix-mille” et on a du mal à voir le rapport. En fait, l’hypothèse qui a le plus de poids est  間引き (mabiki) signifiant “fait d’ôter/réduire (en volant)”. Ainsi, mabiki serait devenu manbiki avec le temps et le 万 serait un ateji (kanji choisi uniquement pour sa prononciation ici). Même si on peut aussi interpréter ce “dix-mille” par le fait que c’est un acte souvent répétitif et que qui vole un œuf vole un bœuf.

Il s’agit dans tous les cas d’un mot pas si récent puisqu’il date de l’époque d’Edo (1603-1868). Oui, on volait déjà à l’époque sauf que c’était au péril de sa vie. En effet, il faut savoir qu’au moindre délit à ce moment là, on devait se coltiner un 刺青 (irezumi), c’est à dire un tatouage sur le front ou le bras. Cette “condamnation du tatouage” était donc un moyen simple pour repérer les délinquants et c’était tout de suite plus compliqué de trouver du travail avec ce genre de marque sur le front. Pour l’anecdote, chaque ville avait ses propres règles.Et pour Hiroshima, on faisait tout d’abord une barre ー puis ça devenait un ナ au deuxième manbiki et enfin un 犬 qui correspond au chien (inu).

De nos jours, faire un vol à l’étalage 万引きする (manbiki suru) reste très sévèrement puni au Japon : une peine de prison pouvant aller jusqu’à 10 ans et une amende pouvant atteindre 4000 euros. Il semble que ces dernières années, leur nombre soit en baisse au Japon (113 953 personnes arrêtées en 2005 contre 66154 en 2017). Toutefois, la part des personne âgées a augmenté et en 2017, près de 40% des individus interpellés ont plus de 65 ans. Vu qu’ils sont de plus en plus nombreux dans la population globale, ce n’est pas forcément étonnant non plus.

Sources : Ja.wikipedia (généralités), Gogen-allguide (étymologie), Karapaia (tatouages)

Guilhem Walter

Rédacteur du site kotoba.fr, je vis au Japon depuis juillet 2012 et je m’intéresse de près à la langue japonaise et la culture dont elle fait partie.