Le japonais dans tous les sens

Kami (神) : la traduction de dieu qui fait débat

J’ai traité il y a un certain temps sur ce blog le mot kaminari (雷) littéralement le “grondement des dieux/esprits”. Mais grâce à un commentaire d’un d’entre vous, je me suis rendu compte que je ne m’étais pas attardé sur le terme kami (神). Sur sa/ses signification(s), il existe déjà des écrits très détaillés notamment sur Wikipedia. Cet article aura donc surtout pour objet les origines du kanji ainsi que la controverse autour de sa traduction.

Origine du kanji de kami

Kami lorsqu’il fait référence à/aux dieu(x) s’écrit actuellement avec le kanji 神 qui avait pour forme originale . La partie de gauche représentait l’autel (saidan 祭壇) et celle de droite un éclair/tonnerre. Autrement dit une force naturelle mystérieuse et inexplicable (à l’époque du moins). La première trace écrite que l’on a trouvé du kanji remonte à entre 693 et 662 avant J.C. dans l’ouvrage chinois Zuo Zhuan. Voici la description qui en est faite : “un sorcier rempli de sagesse capable de contrôler les astres et les récoltes“. On le considérait donc comme un être humain aux pouvoirs surnaturels.

On ne sait pas exactement quand le kanji 神 a été importé au Japon, les premiers écrits japonais ne datant  que de 712 (Kojiki “anciennes chroniques du Japon). A l’époque, on en a déjà une image bien différente puisqu’il sont décrits davantage comme des esprits de la nature même s’ils peuvent prendre l’apparence d’être humains. On change en tout cas de cadre où cette fois-ci les kami sont absolument partout : dans le vent, les maisons… On distingue ainsi environ 300 variétés.

Les fameux kami originels Inazagi et Inazami

Débat autour de la traduction de dieu par 神

Lorsque la religion chrétienne a vu le jour au Japon (vers 1549), la donne a un peu changé. Pour autant, ce n’est pas le terme kami qui a été choisi au départ pour traduire “dieu”. Les catholiques avaient en effet plutôt recours à tenshu (天主 “gardien des cieux“). Le “coupable” est Robert Morrison qui est le premier traducteur de la bible en chinois dans les années 1810. Son choix de traduire dieu par  a provoqué un débat après sa mort (1840-1850). Il y avait deux clans : ceux qui voulaient conserver  et l’autre (la majorité) qui préféraient 上帝 (créateur suprême).

Cependant, le mal était déjà fait et Elijah Coleman Bridgman qui s’est chargé de la traduction de la bible en japonais a simplement repris celle de Morrison. Puis la tradition s’est perpétrée et on en est venu à désigner le dieu monothéiste par kamisama (神様). Le suffixe –sama permettant entre autre de lever l’ambiguïté sur le singulier/pluriel. On se retrouve ainsi aujourd’hui avec le slogan populaire au Japon kyaku-sama ha kami-sama desu (客様は神様です “le client est dieu“). Vous avez dit décadence ? 😀

Sources : ja.wikipedia (généralités), matome.naver (à propos du slogan “le client est dieu”)

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