Ijime (虐め・苛め) : le brimades et harcèlements

Pas facile de trouver un titre d’article pour aujourd’hui puisque l’ijime (いじめ) est un phénomène de société japonais pas toujours facile à traduire. Aussi bien présent à l’école qu’au sein de l’entreprise, cela tourne autour de la brimade et du harcèlement. Je vais dans un premier temps revenir sur l’histoire récente de ce terme en donnant la définition japonaise actuelle puis je vais discuter un peu sur les chiffres qu’on trouve ici et là sur le net.

Origine et définition du mot ijime

Le nom commun ijime utilisé tel quel comme aujourd’hui est assez récent puisqu’il serait apparu vers le début des années 1980. C’est en effet à cette période là qu’une prise de conscience a eu lieu sur les problèmes de harcèlement à l’école et il a fallu placer un mot derrière. Jusque là, on employait le verbe ijimeru qui peut s’écrire 苛める ou 虐める. Si on se fie aux dictionnaires, le premier correspondrait au fait de “faire souffrir/torturer un être plus faible que soit”. Le second (虐める) lui correspondrait plus largement au fait de “traiter intentionnellement avec dureté/malmener (son corps par exemple). Bref, on aurait donc tendance à privilégier le kanji 苛 pour ijime mais il n’existe pas de règle stricte.

D’autant plus qu’avec le temps, le nom commun ijime s’est détaché progressivement sémantiquement du verbe ijimeru dont il provient. De nos jours, lorsqu’on prononce ce mot, c’est quasiment toujours en référence aux harcèlements/brimades qu’exercent une ou plusieurs personnes sur une autre. La définition officielle est “faire souffrir/ignorer/rejeter/exercer une pression psychologique sur une personne ayant une position plus faible“. Du coup, on tend à privilégier l’écriture en kana いじめ/イジメ pour marquer ce détachement. Et cela a donné de nouvelles expressions comme いじめに遭う (ijime ni ausubir/être l’objet de harcèlements”) ou bien 陰湿ないじめ (inshitsu na ijime “brimades insidieuses/malicieuses”).

Forme de ijime (illustration de Wikipedia)

Par ailleurs, il existe le synonyme ハラスメント (harasumento de l’anglais harrasment). La différence se situerait au niveau de l’intention/but. Ijime serait ainsi davantage dans le but intentionnel “de faire souffrir/de se faire plaisir” alors que harasumento relèverait davantage de la pulsion (sexuelle par exemple).
Dans le domaine scolaire (où on utilise assez rarement harasumento), on peut constater une augmentation du nombre de brimades recensées puisqu’il est passé de 72778 en 2009 à 225 000 en 2015. Cependant, cela ne signifie pas pour autant que le phénomène s’est amplifié, il faut bien faire attention au terme “recensées” ici. Car vu que la prise de conscience est encore récente, c’est simplement qu’on remarque davantage aujourd’hui ce qu’on ne voyait pas (ou qu’on ne voulait pas voir) auparavant. Il semble que les langues commencent à se délier en tout cas !

Sources : Gogen-allguide (étymologie), Ipaw.net (différences 虐/苛), work-harassment (différences ijime/harasumento)

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