Gusai (愚妻) : ma femme n’est pas une empotée mais…

Nous avons beaucoup d’expressions en français lorsqu’on veut désigner son conjoint. Tout dépend après des relations (mariés ou non), du niveau de langage, de la génération… Toujours est-il que personnellement, je n’ai jamais entendu quelqu’un dire sans animosité aucune “ma conne de femme” ou “mon débile de mari”. C’est ce que semble pourtant décrire le mot japonais 愚妻 (gusai) qu’on pourrait traduire littéralement par “femme stupide”. Est-ce vraiment ce qu’il décrit ?

Analyse du mot gusai et usage de nos jours

À titre personnel, la prononciation gusai m’a rappelé en premier lieu l’adjectif kusai (臭い) signifiant “puant/qui empeste”. Il n’y a probablement aucun lien entre les deux mais on peut quand même dire que phonétiquement, gusai n’est déjà pas très bien loti. Mais c’est surtout le kanji 愚 qui interpelle parce qu’il rappelle inévitablement l’adjectif 愚か (oroka) signifiant “sot/stupide”. D’où ce sens littéral “femme (妻) stupide (愚)“. Le dictionnaire historique Nihon Kokugo Daijiten indique d’ailleurs ce sens mais comme tous les autres dictionnaires, il le complète de cette phrase : また、自分の妻をへりくだって言う語 (mata, jibun no tsuma wo herikudatte iu go). Traduction : c’est aussi un terme pour désigner sa propre femme avec modestie.

Le fait de déprécier/dénigrer quelque chose que l’on possède ou offre est effectivement une manière assez courante en japonais pour exprimer la modestie. On l’avait vu par exemple avec l’adjectif 詰まらない (tsumaranai) et le problème, c’est qu’il y a toujours une petite ambiguïté qui peut s’avérer déplaisant. Concernant gusai en particulier, c’est surtout à l’écrit qu’on le retrouve, dans les lettres notamment. Cet article de blog traite justement d’une femme qui découvre que son mari écrit dans une lettre 愚妻が… (gusai ga… “ma femme…”). Elle précise que même si elle a conscience qu’il s’agit de modestie, ça reste peu agréable. つ´Д`)つ

主人が(shujin ga) = mon mari. Ici, on voit un contraste assez fort où 主人 (litt. “personne principale”) est très positif.

C’est ce qui explique en grosse partie pourquoi l’usage de gusai a fortement décliné de nos jours et qu’il n’est quasiment plus présent à l’oral. Il en va de même pour 愚息 (gusoku “mon (stupide) fils”) qui lui aussi fut très populaire dans les début du XXe siècle. Bizarrement, bien qu’il est présent dans les dictionnaires, 愚夫 (gufu “mari stupide”) n’a jamais eu la même popularité. Certains y voient ainsi les restes du système familial ie (家) désormais révolu où le mari avait un rôle bien plus “dominant” qu’aujourd’hui.

Autres sources : kotobank (dictionnaires japonais), detail.chiebukuro (question sur la perception du mot)

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