Jimmy vous a présenté samedi le yojijukugo mikka-bôzu (三日坊主) et on peut dire qu’il m’a tendu une perche en décrivant brièvement l’évolution du mot bôzu (坊主). Bien que son sens premier soit moine/bonze (ce dernier a d’ailleurs été directement inspiré du japonais), il possède en réalité bien d’autres significations. On va voir aujourd’hui lesquelles après une brève analyse des kanjis ! 🙂

Origine du mot bôzu et significations aujourd’hui

Bôzu s’écrit en kanji 坊主 où 坊 renvoyait à l’origine à une dépendance rattaché à un gros temple. C’est à dire une chapelle ou encore un édicule. Et autour du 10ème siècle, celui qui en était le responsable/maître était nommé 坊主 (主 = maître). Puis peu à peu, probablement avec l’augmentation du nombre de pratiquants, bôzu a fini par désigner le moine « de base » sôryo (僧侶) vers le 15ème siècle. Bôzu ni naru (坊主になる) : se faire moine/entrer en religion.

Seulement aujourd’hui, on en croise de moins en moins des moines au Japon ! Mais comme ceux-ci ont notamment pour caractéristique d’avoir le crâne rasé, ils ont en quelque sorte survécu dans la langue. Et bôzu a ainsi évolué vers le sens de « boule à zéro« . Maketara bôzu ni naru (負けたら坊主になる) : si je perds, je me fais la boule à zéro. Vous aurez remarqué que cette phrase a un double sens et on l’interprétera plutôt aujourd’hui par « se faire la boule à zéro » que « se faire moine ». 😀
A noter au passage qu’en japonais, la montagne aussi peut se faire moine. Yama ga bôzu ni natteiru (山が坊主になっている) : la montagne est rasée (sans végétation).

Enfin, toujours avec la même logique, bôzu peut aussi désigner familièrement les jeunes garçons. Pourquoi ? Et bien parce qu’on avait coutume autrefois de les raser de près. C’est d’ailleurs toujours le cas dans certaines familles assez traditionnelles. Pour renforcer leur côté « masculin » ? :S
Bôzu, yoku yatta (坊主、よくやった) : bien joué mon garçon !

Sources : Gogen-allguide (étymologie), Kotobank (dictionnaire japonais)

Guilhem Walter

Rédacteur du site kotoba.fr, je vis au Japon depuis juillet 2012 et je m’intéresse de près à la langue japonaise et la culture à laquelle elle fait partie.