Betsubara (別腹) : le ventre supplémentaire du dessert

Lorsqu’on a bien mangé et qu’on pense avoir atteint l’état de satiété, la proposition d’un “petit” dessert sucré vient souvent briser cette certitude. “Tiens tout compte fait, j’ai encore faim…”. ( ゚▽゚)/
En japonais, il existe un mot pour dire “si c’est quelque chose que j’aime, il y a encore de la place”. Il s’agit de 別腹 (betsubara) littéralement “ventre supplémentaire”. Je vais vous décrire son usage mais avant cela, j’aimerais revenir sur son histoire car à l’origine, on est très loin de cette image de dessert.

Origine du mot betsubara et usage actuel

Lorsque j’ai cherché betsubara via mon dictionnaire électronique de 2008, je n’ai eu aucune référence à ce fameux “ventre supplémentaire”. Selon le site d’expressions populaires zokugo-dict, ce sens daterait en effet de la fin des années 1990. Il faut toujours un certain délai avant qu’un nouveau mot ou un nouveau sens ne soit référencé dans un dictionnaire et pour le Daijirin par exemple, c’est dans l’édition de 2009 qu’il fait son apparition. J’en viens maintenant au sens étymologique de 別腹 qui se prononçait plutôt beppuku au départ (XVe siècle). Voici la définition du Nihon Kokugo Daijiten : “fait d’avoir un même père mais une mère différente“. ଵ˛̼ଵ

Eh oui, 腹 (hara) fait référence ici au ventre maternel contenant le fœtus. Aujourd’hui, plus personne n’emploie beppuku qui a été remplacé par 腹違い (harachigai “différence de ventre”) et plus rarement 異腹 (ifuku “ventres différents”). 腹違いの兄弟 (harachigai no kyôdai) : des demi-frères (qui ont une mère différente). Ainsi, comme 別腹 est tombé en désuétude vers le XIXe siècle, cela n’a gêné personne qu’on le recycle dans les années 1990 avec un sens tout neuf. Celui de “l’estomac en extra” censé expliquer pourquoi on un regain de faim à la vue de sucreries. もうお腹がいっぱいと言ったけど、デザートは別腹だ (mô onaka ga ippai to itta kedo, dezâto ha betsubara da) : j’ai dit que je n’avais plus faim mais j’ai encore de la place pour un dessert.

Précision importante : on associe beaucoup betsubara aux femmes car au Japon, on a l’image des femmes et enfants qui mangent des sucreries. Pour les hommes, c’est du café noir sans sucre et puis c’est tout ! J’exagère un petit peu, cela dit j’ai quand même trouvé un site japonais expliquant que si beaucoup d’hommes n’aiment pas le sucre, ça viendrait de la langue. On part là d’une conclusion non établie (les femmes préfèrent le sucre) et on tente de l’expliquer avec ce qu’on a, chapeau bas. Je vous rassure, on ne devrait normalement pas vous regarder bizarrement si vous employez betsubara pour un dessert en tant qu’homme. Quoi que… (´-ω-`)

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