Comme c’est il s’agit du centième article sur le blog Kotoba, je me devais d’utiliser un mot de vocabulaire japonais fédérateur : banzai !! Signifiant littéralement “10 000 ans”, nous allons voir dans quel contexte il a été prononcé la première fois et ce qu’il évoque aujourd’hui.

Histoire du mot banzai en tant que clameur

Si on se réfère aux kanji (万歳), le mot banzai vient directement du chinois pour signifier une “longue vie à l’empereur” (car 10 000 ans, c’est long !). Seulement, son utilisation en tant que clameur au Japon est beaucoup plus récente puisqu’elle date précisément du 11 février 1889. Le mot en kanji a été introduit dés le 8ème siècle mais avec une prononciation différente (banzei) et surtout avec un but différent : il ne s’agissait pas de le crier à l’unissons !

Et justement, peu avant cette date du 11 février, un problème se posait : le Japon n’avait pas de clameur universelle en cas de célébration. Alors que par exemple en Angleterre, on pouvait prononcer “long live the queen”, les japonais n’avaient rien de fédérateur pour unir la population. Car il faut se rappeler qu’en cette fin du 19ème siècle, c’était l’époque du Japon impérialiste et colonisateur, l’enjeu était donc de rassembler tout le monde autour d’un même idéal.

Cette vidéo date de peu avant la défaite du Japon en 1945 où celui au micro prononce les deux mains levées “Tennô heika banzai !” (天皇陛下万歳). On peut traduire ça par “longue vie à sa grâce l’empereur !”. Comme tout le monde prononce en tout trois fois banzai, on appelle ça le banzai sanshô (万歳三唱, sanshô signifiant “trois chœurs” )

Avant d’en arriver à ce choix de clameur, il y a eu bien évidemment d’autres propositions. Au départ hôga (奉賀) “célébration” mais ça sonnait faux en tant que cri. Banzei (萬歳, 萬 étant le vieux kanji pour 10 000) a suivi mais n’a également pas été retenu. On a même eu manzai (万歳 où 万 se prononce cette fois-ci man) mais cela rappelait trop le manzai (漫才) qui est un type de comédie. Puis après diverses consultations, c’est l’appellation banzai qui l’a finalement emporté avec le succès que l’on connaît.

Et aujourd’hui, fait on encore banzai au Japon ?

La réponse est oui, mais cela reste rare et avec un but tout autre : il s’agit cette fois-ci de souhaiter beaucoup de bonheur, lors d’un mariage par exemple. On peut aussi l’utiliser pour une joie tout à fait personnelle, par exemple “vive les vacances d’été !” (natsuyasumi banzai 夏休み万歳 !). Il faut cependant faire attention : comme on pouvait s’y attendre, cette clameur est reprise par de nombreux groupuscules d’extrême droite qui n’y voient qu’un relent nationaliste contre l’ennemi extérieur. Soyez donc bien attentif au contexte dans lequel il est employé.

On évitera aussi en général de le clamer dans le sport. Cela a été le cas en 2013 après un combat de sumô lorsque le yokozuna (rang le plus élevé) mongol Hakuhô a perdu face au japonais Kisenosato. C’est d’une part quelque chose d’humiliant pour le vaincu et d’autre part, on peut y percevoir un penchant nationaliste de mauvais goût.

Sources : detail.chiebukuro (histoire du mot), youtube (combat de sumô)

Guilhem Walter

Rédacteur du site kotoba.fr, je vis au Japon depuis juillet 2012 et je m’intéresse de près à la langue japonaise et la culture dont elle fait partie.