Voyant que je suis assez impliqué dans ce blog Kotoba centré sur le vocabulaire japonais, il arrive que ma femme me propose un mot. C’est très souvent au sujet de la nourriture (allez savoir pourquoi… :D) mais cette fois-ci, elle m’a apporté un petit article de journal sur une expression idiomatique contenant le mot 足元 (ashimoto). Je vais donc tout d’abord vous décrire ce terme ô combien utilisé au Japon pour ensuite vous parler de l’expression en question qui comme vous le verrez vaut son pesant en cacahuètes. 🙂

Définition du mot ashimoto et expression idiomatique

足元 s’écrit avec le kanji 足 (ashi) qui ici fait référence aux pieds (et non aux jambes) et le kanji 元 (moto) correspondant à la base. Ainsi, pris dans son sens large, ashimoto renvoie à ce qui se trouve à la base des pieds ou bien la base des pieds eux-même. D’où l’expression d’ailleurs 足元を固める (ashimoto wo katameru littéralement “durcir la base de ses pieds”) signifiant “établir des bases solides” (projet par exemple). Par ailleurs, ashimoto peut aussi s’écrire plus rarement 足下 où 下 signifie “sous”. Avec cette écriture donc, on pense davantage à ce qui se trouve sous les pieds (marche, sol glissant…). 足元/足下にご注意ください (ashimoto ni go-chûi kudasai) : faites attention à vos pieds.

En plus des catastrophes naturelles, les dangers que vous aurez à affronter au Japon sont multiples…

Enfin, bien qu’il y ait encore d’autres significations avec ce mot, on peut noter aussi celle décrivant la façon de marcher. C’est à dire plus communément 歩き方 (arukikata) en japonais. 足元がふらつく (ashimoto ga furatsuku) : se déplacer en chancelant/titubant. Cette phrase va nous servir de transition pour la fameuse expression idiomatique que je vous avais promis. Il s’agit de 足もとを見る (ashimoto wo miru). Honnêtement, si on ne m’avait rien dit, j’aurais traduit ça par “regarder ses pieds/regarder devant soi”. Ce qui est possible d’ailleurs sauf que généralement, ce n’est pas de ses propres pieds dont il s’agit mais ceux d’un autre. Comment ça, du voyeurisme ? :O

Eh bien pas vraiment (quoi que… ^^), il se trouve en fait qu’autrefois, durant l’époque d’Edo (1603-1868), on trouvait dans les rues des 駕籠舁き (kagokaki). C’est à dire des personnes portant un palanquin généralement en duo pour transporter les voyageurs (ou feignants, c’est selon). Et ceux-ci qui étaient assez fourbes surveillaient les allées et venus des voyageurs le soir. Quand ils en repéraient un qui avait les chaussures (ou tabi) usées, ils s’approchaient, attendaient qu’on les appelle et prétendaient ensuite que leur journée était terminée. Et c’est là qu’ils demandaient une grosse somme au pauvre voyageur voyant que celui-ci ne pourrait refuser (vu l’état de ses pieds…). Ainsi, ashimoto wo miru signifie de nos jours “prendre l’avantage sur quelqu’un (en profitant de sa faiblesse)”. Fourbe non ? 😀

Sources : Kotobank (dictionnaires japonais), article de journal et Gogen-allguide (étymologie)

Guilhem Walter

Rédacteur du site kotoba.fr, je vis au Japon depuis juillet 2012 et je m’intéresse de près à la langue japonaise et la culture dont elle fait partie.