Amaeru (甘える) : l’art d’obtenir de l’attention sans le dire

Je vais aborder aujourd’hui un verbe délicat dans le sens où il n’a pas vraiment d’équivalent en français. Il s’agit d’amaeru (甘える) que mon dictionnaire traduit par “abuser de (la bonté/bienveillance), se faire câliner”. Après une petite analyse à l’aide de phrases d’exemple, on va s’intéresser au concept de l’amae dans la société japonaise.

Significations de amaeru en contexte

Amaeru s’écrit en japonais 甘える où le kanji 甘 signifie “doux/sucré”. La première image que l’on a avec ce verbe est celle d’un bébé réclamant des soins et de l’attention de la part de sa maman. Kodomo ga oya ni amaeru (子供が親に甘える) : l’enfant sollicite ses parents (pour recevoir un câlin/de l’attention/de l’argent…). On peut y voir une certaine dépendance et c’est d’ailleurs une des premières traductions proposée pour ce terme : “dépendre de”.

C’est vrai dans beaucoup de situations car ce mot japonais a une connotation plutôt négative. Amaeru na ! (甘えるな !) : ne te repose pas sur moi/ne dépend pas de moi. La personne qui amaeru est en réalité dans une position passive, elle attend de l’autre quelque chose sans le dire directement. C’est donc souvent involontaire et cela dépend du point de vue de chacun.

Il existe par ailleurs une expression de politesse très employée : okotoba ni amaete… (お言葉に甘えて・・・). On l’emploie lorsqu’on reçoit la proposition de quelqu’un sans y opposer la moindre gêne ou réticence. Ce qui donne en française “puisque vous me le permettez…”. Là encore, on “profite” en quelque sorte de la relative gentillesse de l’interlocuteur. Mais formule de politesse oblige, il ne faut pas non plus prendre ça à la lettre.

Amaeru neko : un chat qui réclame des caresses. Ca marche aussi avec les animaux donc !

Le concept de l’amae parmi les japonais

J’aurais pu prendre directement le mot principal amae pour cet article. Cependant, vu qu’il est rarement employé en conversation, je me suis concentré sur le verbe associé. Néanmoins, je pense qu’il est important de comprendre comment ce concept se traduit dans la société japonaise.

Je vais donner un exemple simple mais très parlant rapporté par un japonais parti vivre en Allemagne. Il était donc à table avec les membres de sa famille d’accueil et il s’est aperçu qu’il manquait quelque chose dans son assiette. N’osant pas le signaler, le repas s’est déroulé sans que personne ne s’en aperçoive. Il était ainsi contrarié car il attendait plus “d’attention” de la part de la cuisinière. Au Japon, vu qu’on “lit l’ambiance” (kûki wo yomu) sans cesse, il est très probable que ce genre d’erreur ne soit pas passé inaperçu.

La relation entre les individus s’en retrouve ainsi assez différente de nos sociétés occidentales. En France on a tendance à privilégier l’autonomie et la prise de parole “hey, tu as oublié un truc”. Au Japon et dans beaucoup de pays asiatiques, on privilégie “la bonne entente” entre les individus. Tout le monde fait en sorte que tout le monde soit à l’aise, il s’établit alors une sorte d’interdépendance entre les individus, l’amae. D’ailleurs, l’être humain se dit ningen (人間) en japonais ce qui littéralement signifie “entre les personnes”.

Sources : kotobank (dictionnaires en japonais), wako.ac (thèse réalisée en 2001 sur l’amae)